Il est bien rare que je m’arrête.
Oui bien rare.

Ordinairement, la station debout ne m’agrée qu’à la condition qu’elle soit en mouvement, entre deux portes, entre deux rendez-vous.
Ordinairement, je suis assis.
Une fois mon manteau accroché à mon porte manteau, mon chapeau posé sur mon porte chapeau, je suis assis.

Je suis assis derrière mon écran, derrière mon bureau, derrière mes dossiers empilés.
Derrière mon assiette… Oui derrière.
Je n’aime pas être devant

Rarement devant quelqu’un.
Oui bien rarement.
A l’exception d’un exceptionnel rendez-vous.
Comme aujourd’hui.
Un rendez –vous à domicile.

Cela m’a contrarié, un instant.
Car en réalité, rien ne me contrarie vraiment.
Les jours passent autour de moi, les années s’agglutinent mais pour moi, rien ne change.

J’ai donc remis mon manteau et mon chapeau.
J’ai donc pris mon attaché-case.
Et je suis sorti.

J’ai marché dans la rue, croisé des gens que je ne connaissais pas.
Je suis rentré dans ce square, croisé d’autres gens que je ne connaissais pas.
Le vent d’automne m’a obligé à fermer mon manteau, à enfoncer davantage mon chapeau.
Nous sommes en automne… je ne le savais pas.

Il est bien rare que je m’arrête.
Oui bien rare.

Et pourtant je ne peux plus avancer.
Je reste là, pétrifié.
Pétrifié par ses feuilles mortes qui m’entourent, mais ne me touchent pas.
Pétrifié par ma solitude.
Pétrifié par ce que je suis devenu.

Un être seul.