Je fume pour oublier que tu bois. Mais regarde-moi, je fume autant que tu bois.

Je souffre de ta souffrance et à petit feu je m’éteins. Comme toi du soir au matin j’aspire au pire en silence. J’expire je m’essouffle et toi tu danses, maudit. Je fume autant que tu bois car les mots dits n’ont plus guère d’importance : tu n’écoutes que ce qui te chante. Tu ne veux plus voir ce qui te hante, tout imprégné des vapeurs d’absinthe. Je ne compte plus les heures ou tu t’absentes, hors de toi, hors du monde, loin des loups et  de leurs ordures immondes...

Moi aussi je m’échappe : Hier à Sousse, ici à Sfax et partout je tousse à me fendre le thorax. Le souffle coupé, la gorge irritée, je m’époumone sans broncher, je me malaxe. Et  tu te saoules de vins spiritueux, de vains combats : comprends que mes luttes partent en fumées  face à toi.

Mais je ne baisserai pas les bras quitte à passer pour un tordu. Si tu m’aimes un peu abandonne aux gorgones ce que tu as bu. Exhumes ce que nous fûmes  pour ne pas oublier qui nous sommes. Regarde-moi, caméléon hyperlaxes, clop au lièvre  bouche tortue. Du rouge au verre ni vu ni connu.

On se fond dans le décor selon le climax, on se confond dans un même corps alors malaxe, malaxe. Mais alcool et  fumée ne font pas bons méninges, un cocktail korsakoff m’explose en plein visage. Mon teint  blême dans le miroir est le fruit d’une réflexion qui me laisse sans voix. Bientôt plus un bruit ne sourd, ni de mon pouls ni de mes poumons.

Qu’on me disperse, qu’on me disloque, qu’on m’évapore.

Qu’on balaye les cendres de mon corps, et tout ce qui s’ensuit…