06 novembre 2009
Un p'tit coin d'paradis...
C’était à l’occasion d’une de ces si belles journées à la sortie de l’hiver, une de celles qui annoncent le printemps. T’en souviens-tu ?
Nous n’en pouvions plus de cette grisaille qui n’en finissait pas. Tu m’avais rejointe pour le week-end et comme à notre habitude nous savourions ces moments-là : nous sortions de sous la couette juste pour boire notre tasse de café. Un peu de musique, et puis nos mots qui se mêlaient au bruit de la pluie sur les carreaux. Et quand enfin l’envie nous prenait, nous sautions dans notre jean et filions à toute allure en direction du lieu convoité. Ainsi il y avait eu nos escapades à la mer, des galeries d’expo, nos virées à Paris, des concerts, de jolis coins… Chaque fois le plaisir était renouvelé, chaque fois l’envie variait, mais toujours nous avions ce désir de faire un truc à deux… tous les deux…
Alors quand ce jour-là nous avons perçu la chaleur du soleil qui cognait au carreau, nous avons été pris subitement du désir ineffable de boire un grand bol d’air. Comme toute envie subite, il y avait une sorte d’urgence dans notre volonté d’accéder au plaisir : dix minutes de voiture grand maximum. Nous avions donc paré au plus pressé : la forêt la plus proche. En même temps, nous ne l’avions encore jamais fréquentée de près, c’était l’occasion rêvée de faire sa connaissance.
Nous stationnâmes le long de la route, et empruntâmes les bords de Seine sans trop savoir où nous allions. Le soleil se reflétait dans l’eau, les bruits de la ville se taisaient peu à peu, seules nos voix répondaient aux premiers chants des oiseaux. Nous marchions dos au soleil pour ne pas être éblouis. Ses rayons nous chauffaient le dos : nous progressions sereinement. Aussi, quand nous devinâmes, à travers les jeunes feuilles des arbres, une vieille masure qui semblait abandonnée, nous ne pûmes nous empêcher de céder à notre curiosité : nous bifurquâmes à gauche en sa direction. Nous nous interrompîmes rapidement : un grillage éventré nous fit hésiter à poursuivre cette entreprise audacieuse. Cette vieille demeure était-elle réellement abandonnée ou bien en avait-elle juste l’air ? Elle était encore belle en dépit des traces du temps : les volets en bois gris manquaient de tomber, les herbes folles dansaient au milieu des broussailles, la nature semblait avoir repris ses droits depuis quelques années déjà.
Et toujours pas âme qui vive.
Nous décidâmes alors de longer ce qu’il restait du grillage pour voir où il nous conduisait. Le silence était profond, nous nous sentions seuls au monde. Seul le crissement de nos pas sur le sol, et de temps en temps nos murmures interrompaient la quiétude environnante. Notre curiosité crut enfin se satisfaire quand nous nous retrouvâmes face à un grand portail en piteux état : mais il était fermé. Une sorte de déception vint gâter cette belle après-midi ensoleillée. Nous avions ce sentiment exécrable qu’au moment où nous nous apprêtions à toucher un trésor réservé à peu d’élus, on nous claquait le couvercle de la boîte sur les doigts. C’était très énervant. Les épaules basses, comme deux mômes à qui on vient de confisquer un nouveau jouet, nous embrassâmes du regard la forêt et cherchâmes sur quel nouveau sentier nous hasarder.
C’est à cet instant qu’une voix au loin nous interpella. Nous pivotâmes instantanément dans sa direction et découvrîmes une vieille femme qui nous faisait signe d’entrer. Le sourire nous dévora le visage, nos regards s’illuminèrent, et main dans la main nous pénétrâmes enfin dans ce lieu improbable. L’aïeule nous accueillit chaleureusement et nous invita à découvrir ce que nous ne pouvions pas voir depuis l’autre côté du grillage. La vue était dégagée et en son centre : la vue d’un lac s’offrait à nous. C’était magnifique. L’endroit avait quelque chose de céleste. Un petit paradis avait jailli au cœur des bois à quelques minutes seulement des rumeurs de la ville. La nature ici était reine. Rien ni personne ne venait perturber son équilibre précaire. Une sorte d’hôtel cinq étoiles pour volatiles désireux de voir du pays avait été aménagé quelques dizaines d’années plus tôt. Une histoire de père en fille. Et les cygnes et autres oies sauvages étaient accaparés par les préparatifs des naissances prochaines : ils fabriquaient leur nid et se battaient pour savoir qui aurait cette année le privilège de s’installer sur l’île plantée au beau milieu, l’endroit le plus stratégique pour mettre à l’abri des prédateurs les petits. Nous nous jurâmes de revenir à la saison des éclosions : notre promesse resta vaine.
Néanmoins, conservé bien à l’abri des regards, cet endroit magique continue sûrement d’accueillir la naissance de jeunes oisons ou autres cygneaux. Et si je ne peux pas l’affirmer, c’est qu’à chaque fois que j’y suis retournée, la grille était fermée et jamais plus aucune vieille femme ne parut au loin ni ne me fit signe de la rejoindre.
A croire que l’accès au paradis est limité à une fois par personne et par vie !
02 novembre 2009
Comme l'oiseau
Je
fais comme l’oiseau, parfois, souvent.
Comme
l’oiseau, dont le ballet incessant, subtil et gracile, m’emporte dans d’autres
horizons, insoupçonnables mais façonnables. Modelables / modulables au gré de
mes envies, de mes inspirations.
Comme
l’oiseau, dont le rituel battement d’ailes semble être insensible au temps. Intemporel, éternel, comme un instable instant, que toute une vie ne saurait
capturer / captiver dans toute son intensité.
Comme
l’oiseau, dont le calme charme la plénitude. La rendant admirable, appréciable,
appelant à mes instincts / sens, afin de les réunir dans cette même harmonie.
D’ici,
je sens mes sens se décupler, coupables de ne pouvoir saisir qu’une seule
esquisse de ce magnifique spectacle…
Te souviens-tu ?
Un doux murmure se propageait à nos candides oreilles.
Sans défiance, nos âmes pures et innocentes se laissèrent absorber par cette douce mélodie.
De doux battements d’ailes nous parvinrent, ces oiseaux dansaient avec langueur.
Leurs forces allaient diminuant, donnant ainsi l’impression qu’ils allaient disparaitre d’un coup.
C’était un chant religieux qui se jouait.
Dans l’air, dans un mouvement solennel, une impression que quelque chose de terrible était sur le point de survenir nous fit frémir.
Des arbres s’élevait de la fumée spiraleuse.
Frôlant l’eau, ces oiseaux préparaient l’arrivée de quelques divinités.
Nous étions là, assis sur l’herbe à contempler ce rituel, te souviens-tu ?
Cette rivière allait nous délivrer un de ses magiques secrets que l’on ne peut percer qu’à la tombée du jour.
La rivière s’accaparait les reflets orangés, rosés et gris du ciel.
Les battements réguliers des ailes scandaient le temps.
Le temps glissait entre les ailes blanches des oiseaux.
Soudain, notre regard se figea sur cette forme liquide et blanche.
Elle était là, dans l’eau, se baignant.
Autour de ces compagnons volants, elle se trémoussait devant nous, libre et svelte, recouvert d’un voile opaque et pur.
Cette Ondine était notre nymphe. Son air farouche faisait peur aux oiseaux. C’était la reine.
« Sa chanson murmurée, elle nous supplia de recevoir ses anneaux à notre doigt pour être les époux d’une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être les rois des lacs. »
Mais l’orage grondait au loin ; elle venait de disparaître.
30 octobre 2009
nouvelle semaine
Merci à incredibleMe pour m'avoir passé la main
je passe le relais à angemoir ;)
29 octobre 2009
Dans un pré, en été
C'est
sur cette herbe que mes yeux s'étaient perdus. Ivres de tant de
couleurs. Le soleil et les nuages peignaient un nuancier de couleurs
sur l'herbe. De
la sauge à l'épinard, du vert-gris doux au vert profond, du jade à
l'émeraude, du vert doux et laiteux au vert intense et légèrement
bleuté, un arc-en-ciel de vert se déployait sous mes yeux hypnotisés. J'avais
donc été choisi pour être le témoin de cette scène. La gamme des
couleurs défilait rapidement sur ce tableau, mes yeux se perdaient
devant tant de beauté.
Ces reflets capricieux se jouaient de moi et ils me faisaient perdre
la tête. Ravivée par ce gros nuage gris la seconde d'avant, l'herbe
se changeait aussitôt sous le soleil en un velours sec et brun,
frais et parfumé. Une gouttelette d'eau s'accrochait désespérément
à ce brin d'herbe. J'aurai aimé caresser l'herbe si les forces
ne m'avaient pas manqué.
C'est
sur ce drap blanc que je m'étais allongée dans l'herbe, un peu
cliché, je repassais en négatif mes souvenirs... Ombres de mes
souvenirs et ronde de soupirs qui se perdait dans l'air. Une douleur
endormie venait de se réveiller. Je
frissonnais, il faisait si frais. " Je la joue poétique à
mort, on est trop futiles, accaparés par l'inutile"
C'est sur cette l'herbe que je sentis la pluie tomber sur le bout de mon nez.. C'est sur ces barbelés noirs qu'il s'était accroché, agrippé, écorché, râpé. Une balle s'était logée dans son pauvre cœur.
C'est sur cette herbe que je repensais à lui. Lui qui s'était unit à elle dans un élan d'amour trop généreux. Lui, qui était mon frère, ma chair, mon double. Pour seulement quelques longues minutes de plaisir, ce monstre a envahi toute sa vie, tout son corps. Toutes les nuits, il se vidait de son sang, livrant ses derniers soupirs à la maladie. Lui aussi aurait aimé caresser cette herbe s'il avait été encore en vie. Bien fait pour lui.
Dans mon cœur, une balle s'était logée : c'était sa mort, c'était ma douleur.
27 octobre 2009
Le mouton qui grogne
De plus en plus nombreux nous sommes, de plus en plus nombreux nous crèverons. Les mains crispées sur nos possessions. Sur ce que nous avons défendu. Notre petit pré carré. Coupé ras, bien entretenu. Nos petits privilèges, obtenus à petits coups raisonnables et raisonnés de mesquinerie dirigée, bien sentie, maîtrisée. Des gestes coupants et adroits, à l'endroit du faible du moment. De celui qui s'est exposé, d'une gâterie, d'une largesse, d'un altruisme suicidaire, d'une excentricité ou pire d'un sourire, d'une main offerte. De celui qui s'est fendu d'une émotion autre que celles répandues, égocentrées. Notre belle société rabougrie. De congrégats d'intérêt à réunions de considérations. Félicitons-nousFélicitons-nous le nombril, flattons nos ventres plus gros que nos colons et nourrissons la machine. Les bergers ne gardent plus les moutons. Les moutons défendent leur pré carré. Leur bout de gazon. Que c'est grisant. La fièvre acheteuse. Le vampirisme du mouton, nouveau fléau à vaccin introuvable.
Entre autres classes pas classes ... La classe politique se sert. La classe médiatique la caresse. Et se regarde les talons pleins de merde, de celui de devant, toujours celui de devant. Fini la fleur au fusil, la vipère au poing, c'est la crotte au cul que nous nous rampons. Que nous battons retraite, plus jamais tambour. Mon individu personnel à moi, mon unique cible d'effort. Toute cause grande desservie par la somme de bassesses intrapersonnelles savamment dirigées vers un but fictif. La véritable raison de l'association. Existence. Reconnaissance. Conservation de privilèges vilains et asservis à l'engrenage boule de neige destructeur d'idéaux. Mentons-nous les uns les uns. Chaque mensonge orienté vers nous-même. Se donner bonne conscience. Avancer sous couvert d'un autre, plus grand, plus faible, plus miséreux pour se voir remercié, reconnu, applaudi, dédouané de toutes ses saloperies.
Masses fumantes, ombres fuyantes, assumons ! Ouvrons l'oeil et le clairvoyant. Repérons l'intérêt où il est niché, montrons-lemontrons-le du doigt et avançons. En mettant de côté les minis cules individualités accrochées à leurs microscopiques pouvoirs. Serrons nous coudes ailleurs que sur le nez du voisin. Marchons d'un seul pas non lourdement posé sur le pied du cousin. Moi avant toi. Toi avant lui. Finalement le borgne nous avait tous compris. De quoi avons-nous peur dans ce siècle-là ? D'ouvrir nos âmes au prix d'un retour de flamme ? De vivre, en somme, c'est bien ça ? Nous avons peur de vivre et rêvons de mourir les poches pleines. Excitant ... Follement excitant.
Je m'en vais acheter cette tondeuse à pré carré. Et je vous préviens, ça va saigner.
26 octobre 2009
Il est venu ce jour...
Il est venu ce jour,
Où la l'herbe a repoussé, enfin
Le vert a revêtu ce qui, hier
N'étaient que sang, corps, mort.
Il est venu ce jour,
Où nous pouvons jouer, enfin
Sans barbelés entachés, liberté!
Nous fuyons vers l aurore.
Mais regarde ce que nous en avons fait!
Regarde, ouvre les yeux, ce monde heureux n'est plus!
Il est venu ce jour,
Nos pensées s'exilent, le grand air
Nos corps se mutilent de vie, froissés
Dans une âme esseulée.
Et il est venu ce jour,
A force de milles envie, sans limite
J'ai dépassé l inconnu, frontières et mers
Je n'suis qu un ego amer.
Mais regarde ce que tu nous en avons fait!
Des être nus, perfides, tâchés mais détachés.
22 octobre 2009
Du bon côté
Je repense à ces camps, ces choses la d’un autre temps,
Qui portent un passé lourd, dont on saigne encore pour longtemps,
Des corps dans la souffrance, à l’ombre noire d’un monde si bas,
Leur mort, une délivrance, où le regard ne porte pas.
Survivants du silence, acteurs de l’encre du passé,
Combien sont-ils encore, pour regretter ou témoigner,
A porter souvenir du prix, du dernier été d’une vie,
De ce dernier chapitre, dans nos mémoires meurtries.
Derrière les barbelés, tous ces ghettos,
Les années ont passées, rien de nouveau,
Quand j’allume leur télé, rien de très beau,
Et pas de meilleur, quand je lis leurs journaux,
Derrière tous ces ghettos, les barbelés,
Pour garder préservé leurs prés carrés,
Aux pas cadencés de leurs belles armées,
Le tout c’est d’être né, mais du bon côté.
Combien doit-on donner, de siècles d’amour pour effacer,
Ces étoiles de chagrin, nées sous le signe de sorciers,
Aux quatre coins du monde, des lendemains qui tuent encore,
Dans des pays carnassiers où règnent l’ordre qui sent la mort.
Par delà les nuages, l’esprit du vent a rapporté,
Les blessures de ces peuples, emprisonnés et torturés,
Faut-il que notre monde, soit fou pour revivre son passé,
Et faire danser des hommes au pied de leurs charniers.
Derrière les barbelés, tous ces ghettos,
Les années ont passées, rien de nouveau,
Quand j’allume leur télé, rien de très beau,
Les même Soweto, de Manille à Rio.
Derrière tous ces ghettos, les barbelés,
Pour garder préservé leurs prés carrés,
Aux pas cadencés de leurs belles armées,
Le tout c’est d’être né , mais du bon côté.
Ces camps à ciel ouvert, ces choses là de notre temps,
Qui portent un présent lourd, dont saigneront tous nos enfants,
Existent bien sous nos yeux, à la lumière de ce monde la,
Pendant qu’ils tuent sans cesse, moi je suis là.
Derrière les barbelés, tous ces ghettos,
Derrière tous ces ghettos, les barbelés
Le tout c’est d’être né , mais du bon côté.



