Dans cette vie pleine de couleurs, dans laquelle on avance entre paillettes et moments dorés, entre lumières intenses et poudres colorées, malgré la foule des proches qui nous soutient, nous regarde avec bienveillance, nous aime et nous applaudit, nous offre son amour ou son admiration et voudrait nous protéger, la Bête arrive sournoisement à se frayer un chemin, à nous atteindre, à nous mettre à genoux, à nous piétiner, à nous pincer…

Alors les paillettes s’envolent pour un temps, on mord une poussière qui n’a plus rien d’étincelant.

Mais même à terre, malgré la douleur, on ne baisse pas les bras, on les lève au contraire pour saisir les mains tendues, pleines des cœurs de ceux qu’on aime, on attrape le taureau par les cornes, on laisse couler les larmes pour mieux nettoyer le sale et le moche, on remonte en selle pour un rodéo, on laisse le scalpel et les traitements jouer leurs rôles de banderilles.

On danse avec la Bête pour mieux l’endormir, l’oublier, l’anéantir dans un tourbillon de vie qui l’étouffera sous sa cape.