27 février 2008
Sur la pointe perçue
Aujourd’hui je voudrais t’écrire sur la pointe des pieds comme on s’étire pour chuchoter à l’oreille. Je voudrais t’envoyer des mots à peine audibles au gout de lèvres et si légers qu’ils seraient de coton.
Alors je prends soin à chaque mot que j’emballe. J’y glisse des silences irisés pour en faire de minuscules offrandes. Je les choisis. Je les cherche, je les assemble pour qu’ils me ressemblent jusque dans la chair comme des fruits juteux gorgés d’un sucre que tu ne connais pas.
Mais je me trompe, recommence, rature, capture, amoncelle, dépucelle les syllabes pour en extraire mes chuchotis intérieurs. Je m’acharne, me décharne, me trahis, m’ébahis ou m’évanouis dans la ponctuation.
Puis je me tais parce que je t’écris. Sur la pointe des pieds. Je passe inaperçue et repasse inavouée, dans mes rouages les phrases sont encore enrouées. Et pour finir je cherche toujours mes points de suspension qui pourraient encore me hisser à ton oreille. Je t’écris, parce que je me tais, une muselière sur mes morsures.
Espoir de papiers
J’ai jeté mon âme à tes pieds
J’ai jeté mon cœur à tes pieds
J’ai jeté mon désir à tes pieds
J’y ai jeté mon amour propre et ma raison
J’y ai jeté ma force et ma tendresse
J’y ai jeté l’énergie que je mets à respirer
J’y ai jeté…tout.
J’ai jeté mes mots à tes pieds
Et tu les as foulé.
Tu les as lu, le sourire aux lèvres, je te voyais.
Cacher derrière cette colonne de marbre, je te voyais.
Belle à mourir, oui
A mourir.
Assise sur ce tabouret, au comptoir de cette terrasse
ombragée.
Tu les as parcouru, vite.
Trop vite.
Tu as hoché la tête, appréciant peut être une tournure.
Tu les as feuilleté, comme un quotidien ennuyeux.
Tu n’as même pas prêté attention qu’elles glissaient au sol,
ces quelques feuilles
Ces moi de papier
Ces nous si fragiles
Puis il t’a appelé de l’autre coté de la piscine, j’ai vu
ton frémissement au son de sa voix.
Tu as lâché mes mots, tu les as foulé de tes pieds graciles
pour aller le rejoindre, courant vers la lumière vive et artificielle.
Et moi je pleure.
Marianne, je t’aimais tant.
Ne pas tenir la huitième
Je me suis mise sur la pointe des pieds pour que tu mesures bien le poids de mon envie de t'écrire.
Je me suis hissée sur mes frustrations, regarde, ça me grandit un peu.
Je m'étais assise dessus à l'époque, mais c'est moins efficace, cela dit, ça tenait chaud aux fesses.
Mais toi, tu interprètes toujours tout comme ça t'arrange. Et au lieu de m'écouter, tu m'as embrassée.
On est bien avancés maintenant. Nos lèvres collées, nos langues entremêlées, nos sentiments baignés dans le désir.
On peut toujours se regarder le fond des yeux, on ne verra plus que ça. Les doutes seront entre parenthèses. Les certitudes entre crochets. Celle qui sait d'avance que ça ne nous fera aucun bien. On oubliera aussi qu'on sera tristes au bout du compte, au bout de nos décomptes de soupirs enlevés.
Choisir, renoncer et le morceau de mort qui va avec. Je te prendrais bien, en fromage en plus de mon dessert. Mais le menu ne le prévoit pas. C'est con un menu, ça n'obéit qu'à une liste théoriquement applicable à tous, donc à aucun. Il y a toujours celui qui voudrait le veau, mais qui n'aime pas les champignons. Celui qui est tenté par le poisson mais qui préfère les pommes de terre sautées au riz. Et moi qui invariablement voudrais deux entrées, un plat avec riz, pommes de terre, tomates et champignons, fromage, dessert(s?), café et pousse café avec du vin blanc et du vin rouge !
Bon alors pour ce soir le mal est fait, je voulais te dire, tu n'as pas écouté.
Je voulais te fuir, tu m'as embrassée.
Il ne nous reste plus qu'à danser sur ces mots, à les faire tourner au-dessus de nos têtes, comme toujours, et à ravaler nos larmes, avant qu'elles ne tombent sur le parquet.
Danse verbale
Je me rappelle que ces mots sur lesquels j'élève la pointe des orteils ne sont pas là pour rien.
Je me rappelle qu'ils sont l'empilement semaine après semaine d'une danse collective hebdomadaire commencée en septembre.
Je me rend compte que je prend du plaisir à danser ici avec vous tous.
Je m'imagine une salle de danse où nous sommes tous réunis en cercle. Chacun à ses feuilles à lui (elle) sous ses pieds, libres à la lecture, et je l'espère pour nous tous, libres à l'écriture.
J'imagine cette salle de danse au dernier étage d'un vieux bâtiment en pierre, solide, spacieuse et soutenue par des poutres en chêne, inamovibles tellement elles sont là depuis longtemps. Elle sent le parquet vernis et fatigué par les innombrables heures d'entraînement. Elle est calme et très lumineuse, éclairée par un doux soleil de printemps.
Et chaque semaine dans cette salle, l'un de nous pose une image au centre du cercle. Et le mouvement s'engendre. La danse commence. Pas de jugements, pas de notation, juste l'expression du ressenti de chacun. Un singe dans un bocal, des vieilles voitures d'enfants, notre (cher) président, un chat mouillé. Autant de perceptions qu'il y a d'images. Autant de mouvements qu'il y a d'individus.
Et cet exercice révèle au fil du temps des facettes de moi que je ne connaissais pas forcément. Je me surprends quelquefois à exprimer du dégoût, de la haine, de la légèreté, de la tristesse, des bêtises, tout cela à partir d'une simple image. Et mes partenaires de jeu expriment eux aussi leurs histoires, avec leurs mouvement bien à eux, et cet assemblage hétéroclyte de quasi inconnus forme un joli balai de mots hebdomadaire.
Je choisis donc avec plaisir de me poser chaque semaine face à ce miroir collectif à mille facettes pour voir comment je m'y reflète, et pour y apprécier le reflet des autres danseurs...
C'est rigolo comme expérience, même si ça fait un drôle d'effet quelquefois (notamment ces dernière semaines !).
Je me rend compte qu'aucun de mes compagnons de jeu ne voit pas la même chose que moi. C'est évident, certes, mais je suis heureux de pouvoir le constater chaque semaine, et je crois que plus chacun continuera à exprimer ce qu'il est, plus ce jeu prendra tout son sens.
Je vais donc continuer avec beaucoup de plaisir à amasser semaine après semaine les feuilles de mes écrits sous mes pieds dans cette jolie salle de danse, et je vais continuer à regarder mes compagnons de route faire de même dans cette ronde verbale.
Les extractions hebdomadaires de nos boîtes noires forment un balai agréable, quelquefois dur, quelquefois drôle, mais toujours émotionnel.
Et je crois que nous sommes tous un peu là pour ça.
Merci à tous.
26 février 2008
De mots en maux,
Se réfugier dans les mots pour échapper aux maux, se diluer l'âme jusqu'à en perdre haleine pour tromper le manque et déjouer l'absence... la fuir, la trahir, la tromper... et écrire jusqu'à ne plus en pouvoir... jusqu'à vouloir piétiner les maux et les anéantir comme on écrase un cafard avec un talon aiguille... avec élégance...
Se réfugier dans l'écriture pour combler le manque, remplir le vide, crier l'absence , nier la douleur... Ecrire et déjà prévoir que ces mots, comme à chaque fois, se noieront parmi les autres mots qui ont suffi à calmer les maux, éparpiller les feuillets parsemés et épars qui resteront là à gésir sur le sol... Certains se cacheront sous le lit en attendant d'être délogés un jour de grand ménage, d'autres finiront dans la corbeille peut-être même dans la cheminée, comme si les maux brûlés pouvaient s'envoler dans le conduit pour mieux rejoindre les nuages gris et s'éloigner dans les intempéries... Chaque mot, chaque lettre a dès lors son propre destin. Dès lors qu'ils sont écrits, les mots existent par eux-mêmes, pour eux-mêmes, et à leur tour écrivent leur propre histoire... Ils deviennent, non, ils sont, mais ne pensent pas... La chance... Exister sans penser, savoir faire le vide, et ne pas vivre condamné à se vider la tête dans un fleuve de mots souvent insensés... L'écriture est une arme blanche contre l'oubli, contre l'absence, contre le manque... Elle est silencieuse et facile à emporter avec soi... Dans une poche, dans un coin de sa tête, ou bien dans un moment d'égarement... Ecrire, c'est consigner les pensées qui vagabondent et qui s'évanouiraient les jours de grand beau... Mais écrire c'est aussi fixer les moments de bonheur pour ne pas les oublier, instantanés de la vie, fixés par les mots à la manière de l'objectif d'un appareil photo... Ecrire c'est une manière de vivre, peut-être même un art, va savoir, pour exister à son tour, parfois pour communiquer aussi... Parfois... Si le lecteur répond présent! Mais s'il est absent alors les règles du jeu changent et de mots en maux on remplit un bouteille jetée à la mer de l'oubli du présent... du passé... mais l'avenir, oui, l'avenir, quant à lui, reste à écrire...
Alors j'écris,
Je t'écris,
Je vous écris,
Je leur écris...
Et les cris s'étranglent dans le silence des pages blanches...
Et de mes pieds nus j'anéantis tous ces maux, je les écrase sans élégance ni talons aiguilles,
Je danse pour qu'enfin de la pointe de tes orteils
Jusqu'au bout de tes phalanges,
La vie l'emporte...
Et que la ville emporte avec elle les fleuves des maux malins,
Et rayer de la carte les mots qui font mal...
Pour qu'une seule fois encore la princesse aux pieds nus puisse continuer de fouler l'herbe humide et tendre et qu'elle puisse encore rêver la tête tout au-dessus des nuages. Pas de partie de cache-cache pour aujourd'hui... Il fera grand beau. Et c'est ainsi qu'elle l'a décidé!
25 février 2008
Je m’applique.
Je me positionne bien sur ma chaise. je cale bien mes pieds pour un voyage qui ne les sollicitera surtout pas.
Il n’y a que mes bras allongés par mes mains qui bougent. Parfois les lèvres se plissent dans un ultime effort de respiration pour me sortir d’une apnée périlleuse et les yeux passent d’une ligne de flottaison à l’autre...
Tout mon corps est en extension, en parfaite retenue. La matière grise dérive la moindre énergie transformable en mots pour lettres. Je suis machine à écrire. Sans retour chariot sur terre.
Comment te dire, du bout de mes rêves déçus ?
Comment te l'avouer, mon amour ?
Je ne t'aime plus.
J'ai voulu t'écrire, j'ai voulu te dire et te le lire...
J'ai tant voulu.
Ma plume m'a échappé, les feuillets ont jauni, c'est une saison des amours mortes.
Je ne t'aime plus.
Je ne savais pas comment signer mon chagrin.
Adieu ? que ta vie soit belle ? pardonne-moi ?
Comment déposer un sceau brûlant sur mes deniers mots ?
Alors j'ai dansé, dansé comme avant.
Avant, quand je t'aimais.
J'ai déposé un peu d'encre sous mes doigts pour te laisser l'empreinte de mes pieds hissés vers demain.
Demain sans toi.
Sur la pointe des pieds, j'irai au bout de ma vie.
Sans toi.
24 février 2008
Si je me hisse jusqu’à tes lèvres
C’est pour enfin t’entendre murmurer
Tout ce que tes lettres
Me laissent espérer…
22 février 2008
Semaine 25

Pardon pour l'auteur à qui j'ai pris cette image sans arriver à retrouver le lien vers le blog en question...
next for IncredibleYOU !
PS: Oviv, si tu voulais voir une autre image tu la choisiras la prochaine fois que ce sera ton tour. je ne pourrai rien dire. :-)

