04 avril 2008
Chrysantheme
Il vaut mieux que tu te souviennes d'eux comme ça.
...
03 avril 2008
Photo souvenir
J'ai pris cette photo du temps où on s'aimait.
C'est elle qui avait voulu immortaliser ce moment, genre photo stupide à la Anne Geddes, version grand cadre sur le mur, "en souvenir". Aujourd'hui encore, je trouve ça idiot.
Et ce soir, j'attends qu'elle se réveille, prostré sur cette chaise.
23h08.
On est dans cette cabane perdue au fond des bois, près de ce lac limousin où elle aimait tant venir quand elle était enceinte. Elle est allongée sur l'établi du garage, tout est prêt. On a seulement un peu trop forcé sur la morphine, et je dois attendre qu'elle se réveille.
Alors, j'attends, et mon pied tape par terre, mes dents rongent mes ongles, et mes yeux ne savent plus où regarder.
Je repense à tout ce qu'il s'est passé depuis qu'il est né.
Notre couple qui se désagrège, l'étrange courrier "DNA solutions", la note de téléphone un peu trop gonflée, les soirs de "déprime" où elle voulait rester "seule", j'ai compris assez vite...
Et aujourd'hui, je revois passer le film de l'année n+1 après lui. Mes mains écrasent sa dernière image alors que mes larmes commencent à couler.
Il se réveille en premier.
Je ne voulais pas commencer par lui.
Mais qu'il en soit ainsi, elle verra son fils découpé.
Dis au revoir à ton fils, espèce d'enculé.
Dis au revoir à ta maîtresse aussi tant que tu y es.
Géométrie variable
Un magazine posé sur la table du salon.
Kévin, penché sur la couverture : "Ah, tu vois, Alizée, ça passe !"
Alizée posant sa tête sur l'épaule de Kévin : "Ben non, tu vois bien, les genoux, ils passent pas !"
Kévin : "Mais tu fais exprés, ou quoi ? les genoux, ils se déplient, donc ça passe."
Alizée : "Non mais attends, t'as vu la taille de la tête ? Non moi je te dis, si tu veux accoucher toi, ok, on en fait un. Sinon, t'oublies tout de suite."
Une voix dans la cuisine : "Kévin, si tu as le temps de jouer avec ta copine, c'est parce que tu connais très bien ton auto-dictée pour demain, je suppose, n'est-ce pas ?"
Kévin : "Pffff, c'est bon maman, elle allait partir, Alizée."
Alizée, enfilant son blouson : "De toute façon ma mère m'a dit que tant qu'on ne mettait pas la langue, on tombait pas enceinte, alors tu vois ..."
02 avril 2008
La photo
La photo sera belle, comment pourrait-ce être autrement ?
Elle s’est endormie, nue, sereine, souriante…Et avec elle, tous ses doutes; comme si elle avait compris tout ce que moi, pauvre homme, je ne saurai jamais. Elle n’a jamais été aussi belle…Sur son corps sublimé par la maternité repose notre enfant. Il a l’air si paisible, blotti dans ce cocon de douceur, comme protégé des affres de la vie qu’il ne connaît pas encore…
Je hais mon photomontage ! Pourquoi pas moi ?
Parce que ma compagne ne peut pas avoir d’enfants.
Parce que malgré ses yeux remplis de désir, elle sait que nos étreintes feront resurgir les souvenirs d’autres nuits. Ces nuits cauchemardesques où son corps est devenu souffrance. Ces nuits à ne pas fermer l'oeil au cas où il reviendrait, où se débattre était inutile, où crier à l’aide ne faisait que l’exciter davantage, où elle n’était plus que souillure blottie au creux de son lit, vainement emmitouflée sous sa couette, à se demander si elle pouvait tomber enceinte à son âge. Ces nuits de trop. Que garderait-elle comme souvenir de la nuit où nous avons conçu notre enfant ? Pourrait-elle l’aimer tout de même ?
Je n’aurai pas les réponses à ces questions. Derrière la photo je lui ai expliqué pourquoi j’ai préfèré renoncer à son amour qu’à la paternité.
01 avril 2008
Devoir
C'est sûr, je devais t'aimer.

De toute ma peau nue, de toute ma bouche assoiffée de ton lait. Je devais t'aimer, c'est garanti, c'est la vie. Et sans toi, je serais morte. Je crois. C'est ce qu'on dit.
Maintenant, quand je nous regarde, moi, petit truc fripé encore replié des courbes de ton utérus, toi, encore lisse des plis de la vieillesse... je ne sais plus. J'ai dû savoir, un jour. Comme celui-là, mon poing replié dans ma bouche, mon oreille bercée par les battements de ton coeur, mon nez empli de ton odeur qui m'était déjà familière avant même que toi tu ne vois mon nez. Mais j'ai oublié.
Bordel, maman, si tu savais comme je déteste dire ce mot. "Maman".
Je ne t'aime plus.
Et je ne sais même plus depuis quand.
Mais je devais t'aimer, ce jour là, c'est sûr.
31 mars 2008
Silence...

Bébé d'or...
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C'était ça où je vous racontais mes accouchements, les histoires de bonne femme qui fichent la trouille qu'on se raconte entre copines quand l'une d'entre nous est sur le point d'accoucher (sympas les copines, et ça marche à tous les coups!): la péridurale qui arrive trop tard (ou pas le temps!) , celle qui ne fonctionne pas (ou que d'un côté), la césarienne qui n'était pas prévue, les soins post-accouchements, les points de suture qui se reflètent dans les verres des lunettes de la sage-femme, l'odeur du sang, la douleur, les putains de contractions, les heures qui défilent, les "Allez Madame Rouge!!! Poussez Madame Rouge!" ou pire encore, la tête qui sort déjà à peine arrivée à la maternité (!), et de marcher sur la pointe des pieds avec cette seule envie de vous accroupir et de le poser là cet enfant, sur le carrelage, parce qu'il ne demande plus qu'à sortir, et c'est là qu'on vous dit "Ah mais non! Je dois vous brancher sur le monitoring!!!" (Qu'est-ce que j'en ai à foutre moi du monitoring! Je sens bien moi que le bébé est déjà là!" ... "Ah oui en effet, on voit ses cheveux, pas le temps d'entrer en salle de travail Madame Rouge! Vous allez accoucher sur cette table d'examen inconfortable au possible et pas prévue du tout pour!"!!!), l'angoisse, l'attente, l'infirmière anesthésiste qui vous reconnaît dans le couloir en attendant de rentrer au bloc (Vous les pattes en l'air, en tenue quelque peu débraillée et qui vous dit "Ah Bonjour Madame Rouge! Vous allez bien???!!! Je suis la maman d'untel, vous vous souvenez de lui?! "... Que répondre?... Alors que vous avez juste cette simple putain d'envie de vous planquer, de passer là incognito, que surtout personne, non personne, ne puisse faire le rapprochement entre la jeune femme civilisée que vous vous efforcez de laisser paraître dans le quotidien et cette espèce de créature difforme et indécente en blouse jaune poussin...)... Vous focalisez aussi sur cette abeille (Comment a-t-elle pu pénétrer dans la pièce?! On peut avoir un peu d'intimité bordel de merde?!)... Ces mille et un souvenirs colorés et pleins de poésie qui accompagnent le don de vie... Cette envie d'injurier l'obstétricien qui accomplit mécaniquement LE geste qui va accélérer le travail... Travail... de tripalium en latin: intrument de torture à trois pieux... ça veut tout dire... la seule expression teintée du sens étymologique que l'on garde aujourd'hui c'est dans "salle de travail"... tu parles d'un truc!
Alors, comment coller des mots sur un photo qui inspire autant
le respect,
le silence,
et la vie...
Alors je fais ce choix de me taire (ou presque!) et de passer mon tour...
Un seul truc
(un dernier)
Ce "mal joli" comme on l'appelle...
Il est oublié à l'instant même où la petite chose qui vous coinçait ses orteils dans les côtes pendant les dernières semaines et qui vous empêchait de respirer correctement rencontre votre regard et qu'une voix vous annonce enfin "C'est une fille..."
L'instinct maternel
J'ai jamais compris ces femmes qui parlent sans arrêt d'instinct maternel. Moi, c'est sûr, je l'ai jamais eu. Jamais fait de grimaces aux mômes dans les bus, jamais eu de poussée de tendresse en voyant un gosse faire un câlin à sa mère, jamais rien ressenti quoi. Ça fait pas de moi quelqu'un de mauvais ! Juste que j'ai jamais eu envie d'avoir un chiard. Pas que je trouve que ça pleure ou que ça crie trop. Non, ils ont quand même le droit de s'exprimer, à leur façon, même si c'est pas forcément agréable à entendre. Moi j'ai toujours été pour la liberté d'expression. Mais voilà quoi. A quoi bon faire des gosses.
Tout ce que je te dis, c'est que moi, bon ben j'ai pas trop eu le choix. C'est tombé comme ça. Une capote qui se déchire, c'est pas que dans les romans. J'ai flippé grave, j'ai fait le test HIV et tout. Ça c'était négatif. Par contre, le truc positif, c'était pour le môme. Enfin, quand j'dis positif, je parle du test. Pas du côté joyeux de l'annonce. Parce que j'étais pas franchement joyeuse quand j'ai su. Qu'est ce que j'allais en faire de ce truc qui allait grandir en moi ? Je dois bien t'avouer, que je suis pas quelqu'un de franchement responsable. Tu m'connais, je sais pas trop où je vais hein. Bon c'est vrai, je suis jeune encore, et y'avait des possibilités pour pas avoir à subir tout ça. Mais j'ai beau pas être responsable, j'ai quand même des principes. Alors je l'ai gardé. J'dirais pas que c'est l'enfant de l'amour. Non ça, ça serait pas forcément vrai. Mais bon. Il est là maintenant. Tiens, j'ai pris une photo, quand même. Tu le trouve beau ? Oué. Bon je dois bien t'avouer un truc : quand ils me l'ont posé sur le ventre, ça m'a fait quelque chose. Non, non, pas l'instinct maternel je te dis. Juste, je sais pas, je dirais que pour la première fois de ma vie, je me suis sentie vivante. Mais quand ils l'ont emporté, ça m'a trop rien fait. Je me demande si je suis pas insensible... mais je pense qu'il sera mieux avec sa nouvelle famille. Ils vont l'aimer eux. Et si ça se trouve, sa nouvelle mère, elle l'aura elle l'instinct maternel.
28 mars 2008
Semaine 30

Si Sieur Hoki
dit oui
ceci me sied
en 31


