13 mars 2008
Certaines choses changent...
1972, Irlande du Nord.
Quatorze personnes marchent contre l'armée britannique pour la défense de la présemption d'innocence et meurt.
2007, Irak.
1 enfant court après l'armée américaine pour une bouteille d'eau, et va probablement mourir.
Finalement, peu importe la cause, les chars avancent quand même...
Je cours…
Je cours vers la vie
La vie qui s’enfuit
S’estompe et s’efface
Sur la ligne frontière
Impasse des cris et des douleurs
Tombeau des rires et des lueurs
Limite entre bien et mal
Ligne de partage humain / animal.
Je cours un risque
Risque le tout pour le tout
Tout nu perdu entre les balles
Balloté à en tous sens
Sans tenir compte de la distance
Distance fragile entre la vie et la mort
Mort d’inquiétude.
Je cours à perdre haleine
L’haleine brûlée par la soif
Soif de vie et de vengeance
Vengeance contre puissance
Puissance de toute une armée étrangère
Etrangère à notre culture et notre histoire
Histoire de pétrole et de dollars.
Je cours jusqu’au dernier souffle
Souffre de cette balle dans ma chair
Chair à canon écrabouillée
Ecrabouillée par ces soldats
Soldats de guerre, humanitaires ?
L’humanité n’a qu’à se taire…
12 mars 2008
Coupables
Le verdict tombe.
Coupable d'être misérable et d'abandonner ce qui leur reste: leur dignité
Coupable de laisser deux hommes s'amuser de leur détresse.
Circonstances aggravantes : être des enfants, donc irresponsables, donc ne pas à avoir de limites.
Circonstances aggravantes : être les enfants d'un peuple occupé, n'ayant plus rien à perdre...
Circonstances aggravantes : être des perses...
Je ne juge jamais les forts, ils ont tout les droits.
Leur demander dignité et sagesse relève au mieux de la bêtise crasse, au pire d'un catholicisme niais.
Je ne juge que les faibles, les victimes, qui n'ont que des devoirs.
ps: je suis d'excellente humeur moi today, ça fait trois jours que ce texte me pesait sur le colon.
11 mars 2008
A L'Enfant que nous n'aurons jamais ensemble,
A Toi, Mon Ange, Mon Tout Petit,
Prendre mon courage à deux doigts et surmonter tous les tabous pour, d’un trait singulier, te matérialiser par ces quelques mots livrés en pâture aux Hommes, mes semblables, semble-t-il... Tu ne connaîtras jamais ma voix, je ne connaîtrai jamais ton sourire, jamais non plus nos regards ne se croiseront... Et pourtant je te porte en moi comme le dernier espoir d’un monde meilleur, d’un monde sans haine, d’un monde où la jalousie serait une preuve d’amour, la haine une façon d’aimer, les claques seraient de tendres caresses, tous ces mots à maux ne seraient pas, ne seraient plus… Alors, j’ai choisi, et toute éveillée, je fais ce rêve de Toi, mon improbable enfant… Façon très moderne, voire très high-tech, d’aimer et de t’aimer chaque jour qui passe Toi qui n’existes que dans mes songes les plus enfouis, Toi l’enfant aux yeux verts, mon Ange, mon Tout Petit…
Ce monde est devenu si laid que celui que je préfère t’offrir est un monde onirique où tous les rêves sont envisageables, où tous les projets deviennent réalisables, où les sourires et les mots tendres évincent les gifles et les coups de matraque… Ce monde est devenu si moche qu’il nous faut désormais être d’un côté ou de l’autre de la frontière… Il faut choisir son camp… Il y a celui des bons, les braves, les gentils, les simplets et autres couillons de service… Et puis il y a les abrutis, les mauvais, les gros cons, les vicieux… Ceux qui rient en regardant un môme qui court après eux plus vite que le vent… Et s’il court si vite c’est juste pour caresser d’un peu plus près l’espoir, le secret espoir, de boire de l’eau potable conditionnée en bouteille en plastique : comble du luxe dans un monde où chaque minute un enfant ferme les yeux pour toujours, où chaque minute une mère pleure son enfant, son mari ou son frère… où chaque minute un père est arraché à sa famille… où chaque minute l’Homme tue l’Homme… et le pire dans tout ça, le sais-tu mon Ange ? C’est qu’aujourd’hui dans notre Monde, devenu tellement hideux, la mort, la souffrance, la douleur, celles des autres bien sûr, font rire… La catharsis a tombé le masque: le tragique amuse ! Ce monde est devenu fou !…Et du coup, les larmes ne nous lavent même plus de nos propres souffrances, parfois elles ne coulent même plus… Non. Vois-tu, dans ce Monde, que tu ne connaîtras jamais, les Hommes rient du malheur des autres pour oublier leurs propres angoisses, leur culpabilité aussi sans doute… Et comme je ne veux pas que tu sois ce soldat qui hurle de rire dans ce camion, ni cet enfant qui court plus vite que le vent, je préfère te rêver… Parce que même si je t’aime, je ne suis pas sûre que je serais assez forte pour survivre à la souffrance de te voir épouser les armes ou de te voir te noyer dans ton chagrin… ou dans cette flaque d’eau laissée par cette bouteille en plastique qui t’aurait éclaté au visage en heurtant trop violemment le sol… Non, mon Ange, reste là-haut… Les nuages sont de bien meilleurs compagnons de jeu, ils sont de confortables nids douillets pour te lover dans leurs creux… Les gouttes de pluie sont bien meilleures que l’eau conditionnée dans les bouteilles en plastique… Vu de là-haut notre monde est sans doute une vaste étendue bleue et or qui te fait rêver… Alors rêve mon Ange … Rêve… Et surtout veille à bien garder la tête au-dessus des nuages, joue avec les rayons du soleil, chante en chœur avec les oiseaux, laisse toi glisser le long de l’arc-en-ciel… Mais surtout non, surtout ne pose pas ton pied au sol… Tu t’écraserais… Et moi je n’y survivrais pas…
Prends bien soin de toi…
Maman qui t’aime
A jamais… pour toujours…
10 mars 2008
Fucking Karma
Quand je revois cette vidéo, je me dis que c'est normal qu'on ait payé. Ce fucking karma qui nous rattrape. A l'époque, la guerre ne faisait plus vraiment rage, la guerre, c'était nous, dans ce pays où nous n'avions plus rien à faire. Nous qui aurions préféré être à la maison. Nous, qui étions dans l'attente. Perpétuelle. En quête de quoi s'occuper, s'amuser. Un rien nous faisait rire. Cette vidéo par exemple. C'est moi, là qui suis derrière la caméra. Moi qui suis mort de rire avec le sergent Walt. Moi qui le regarde tendre cette bouteille et qui ris de voir ces enfants assoiffés, pauvres, au bord du gouffre courir derrière le camion. Qu'est-ce qu'on a ri ce jour-là. Surtout avec ce môme-là, incroyable, qui courait comme si sa vie en dépendait. En fait, tout connement, c'est parce que sa vie en dépendait, à Samir. Mais nous on était trop cons pour le percuter. Après tout, c'était nous les victimes de cette guerre. On n'avait pas demandé à être là.
Samir. Ce n'est que plus tard qu'on a su son nom. Parce qu'on n'avait pas pensé que Samir, il avait une famille. Des gens influents. Des combattants. Quand on est tombé dans l'embuscade, trois jours après, on n'a pas percuté. On n'a pas fait le rapprochement. Quand ils nous ont emmené dans la cave, toujours pas. Et puis un homme nous a mis sa photo sous les yeux. Nous, on l'a pas reconnu le mioche. C'était pas la bonne réponse. Ils ont frappé. Encore. Et encore. Deux jours ont passé. Je ne voyais plus le sergent bouger. Moi, je ne sentais plus mes jambes. Je n'avais rien bu, ni manger depuis l'enlèvement. Je ne savais pas ce qu'ils attendaient de nous. Je priais pour que l'armée vienne nous délivrer.
La porte de la cave s'est ouverte. Il est entré du haut de son mètre vingt, il a descendu les marches, il s'est approché de moi. Avec une bouteille d'eau à la main. J'aurais donné ma vie pour pouvoir boire un peu. Comme si ma vie en dépendait. Et elle en dépendait. Alors je l'ai reconnu. C'était le môme qui courait derrière le camion. Et la bouteille, celle qu'on avait lancé, fiers de nous, fiers comme des coqs. Qu'est-ce qu'on a ri ce jour-là. Avec ses yeux froids tout plein de fierté, il a débouché la bouteille, et l'a bu, à minuscules gorgées, pendant ce qui m'a paru des heures, jusqu'à la dernière goutte. Et j'ai pleuré.
Ils nous ont relâchés dans la nuit, jetés de l'arrière d'une fourgonnette dans le désert. On nous a retrouvsé au petit matin. Sergent Walt était dans un sale état. Je n'ai jamais retrouvé l'usage de mes jambes. Mais quand je vois cette vidéo, je sais pourquoi on a payé. Fucking Karma je vous dis.
07 mars 2008
Humanitaire ?
Et pour bien accueillir Mademoiselle A, j'ai la courtousie de lui passer le ballon...

