21 février 2008
Les zolis chimpanzés
Moi, au début, j’étais juste là en touriste. Je ne demandais rien d’autre que de partir à l’autre bout du monde oublier cette putain de fausse-couche. Je me promenais tranquille dans le zoo de Vientiane, loin des heures d’affluence. Et puis je les ai vus. Ils étaient si mignons avec leurs grands yeux et leurs gestes maladroits, leurs jeux et leurs larges sourires…Ils me cherchaient un peu aussi, à demander tout le temps à manger, à utiliser des petites ruses de gamins pour grignoter…Mon sang n’a fait qu’un tour. Personne en vue, un simple grillage à passer ; j’en ai saisi un puis deux, puis trois. Ils se sont laissés faire, je suis sûre que c’est parce qu’ils m’aimaient déjà, et pas parce qu’ils avaient faim. Ils n’ont pas bougé, cachés dans mon sac, jusqu’à l’hôtel. Là, je les ai sortis du sac, ils étaient agités, j’avais rien à manger. J’essayais de les prendre dans mes bras mais ils s’énervaient, ils commençaient à crier. J’en ai attrapé un plus violemment, je lui ai appuyé sur la bouche, ses frères ont arrêté de se battre immédiatement. Leur regard me transperçait ; quoi, qu’est qu’ils avaient ceux là, ils voulaient ma photo ou quoi ? Tiens, et si j’étouffais carrément le plus petit, ils feraient quoi ? Quoi, mais qu’est ce qu’il a à hurler celui là, putain l’autre s’y met aussi, je vais vraiment me faire griller ! Tiens, viens là, toi, ferme là, mais ferme là ! Et hop, un coup contre la vitre, on fait moins le malin là, hein, avec sa gueule défoncée…Et toi, le dernier, tu fais plus chier là, t’as perdu ta langue ou quoi ? C’est plus des yeux que tu as, c’est des soucoupes géantes, lol. Aurais-tu peur par hasard ? Ben t’enfuis pas, on va faire un câlin pour te rassurer…Sors de sous le lit connard…Voilà, maintenant t’es tout sale ! Allez, une bonne douche et c’est réglé. Putain mais qu’est ce tu gueules encore là ? Ferme la! Tu l’auras cherché…Tiens c’est marrant un bébé singe noyé, ça ressemble un peu à un rat qui serait parti à Auschwitz…
…Les vacances sont finies, ma valise est lourde à l’aéroport, avec une sale odeur de formol…Quel incroyable voyage ! Je suis partie le ventre vide, mais je reviens avec trois enfants ;-)
19 février 2008
Il y avait la madeleine de Proust...

En les voyant, plus exactement en devinant ce qu'il y a dedans, je me suis interrogée...
1. Qu'est-ce que font des bouts de singe dans du formol?
2. Du coup je n'étais pas sûre de moi quant à l'orthographe du mot "formol" alors je me suis rendue sur la planète Google, celle connue dans tous les systèmes planétaires et là j'ai appris, grâce à la fée bleue Wikipédia que "Le méthanal tue la plupart des bactéries, c'est pourquoi on utilise le formol comme désinfectant, notamment en médecine vétérinaire (pédiluves de désinfection), ou pour conserver des cadavres d'animaux ou d'humains. Il est aussi utilisé comme conservateur dans les vaccins. En médecine, on l'emploie localement pour assécher la peau, comme dans le traitement des verrues. Les solutions de méthanal sont aussi employées pour embaumer les corps en attente d'un enterrement."
3. Alors je me suis de nouveau interrogée... ça sert à quoi de collectionner dans des bocaux "des cadavres animaux (et encore pire) humains"...
4. Et comme je suis une visuelle, je me suis imaginée, je n'ai pas pu m'empêcher... ça ferait quel effet sur le bord de la cheminée des bocaux avec des bouts des miens à la manière des urnes dans lesquelles reposent les cendres de nos chers disparus?! Pas très sûre que ce soit très D&Co comme idée ça!
5. Et puis j'ai continué à laisser divaguer mon imagination... bon d'accord elle divague beaucoup en ce moment... mais c'est la clef pour rester en parfaite harmonie avec soi-même et le Monde... comment ça je raconte n'importe quoi? J'ai le droit non?!
6. Donc je divaguais sur les bords du Nil (tiens?! pourquoi le Nil?!) quand je me suis retrouvée enfermée dans le noir dans une cave voûtée...
7. Et ben non! Je n'étais pas face à face avec le bocal qui contint jadis les miettes d'un coeur brisé! (y en a combien qui suivent?!..... alors???!!! ppppffff j'en étais sûre!!!) Mais j'étais seule, dans l'obscurité, le coeur s'accélérant au rythme de la peur croissante liée à la simple idée de frôler par mégarde une toile d'araignée (n'imaginons même pas que ce fut une araignée elle-même qui me touchât, je rappelle que je suis une visuelle et si vous ne voulez pas que je me pâme derrière l'écran afin de venir à bout de ce long monologue insipide et dénué de sens, avouons-le, faut pas trop faire fonctionner le visuel!Elle est finie ma phrase?! Attendez faut la relire:n'imaginons même pas que ce fut une araignée elle-même qui me touchât, je rappelle que je suis une visuelle et si vous ne voulez pas que je me pâme derrière l'écran afin de venir à bout de ce long monologue insipide et dénué de sens, avouons-le, faut pas trop faire fonctionner le visuel!Ah voui elle est finie! Donc je reprends!) Seule, dans l'obscurité d'une cave, voutée (même si c'est beau une cave voûtée, surtout en Bourgogne!!!), cherchant à tâtons un pot de confiture maison, ça aurait pu être de la crème de marron pour que ça rime, mais c'était juste de la confiote de "plosses" (des "prunes" en charolais! mouais, je sais tout de suite ça fait moins exotique!). Et c'est là que l'image surgit!
8. Vision traumatisante et cauchemardesque à hauteur de la photo prise par le fils d'Hoki (en fait c'est celui d'Oviv, me suis emmêlée les pinceaux dans les pseudos, poil au pot!) au Laos... Pire même... Proust avait sa madeleine tempée dans une tasse de thé (l'histoire ne dit pas si la madeleine était rassie!), Chateaubriand avait le chant d'une grive... et Moi, Rouge Toucourt, je me retrouve pour l'éternité avec derrière les yeux l'image de ces bocaux remplis d'escargots morts sans leur coquille... nus comme des vers... flottants dans leur jus... attendant juste leur dernier voyage pour nos entrailles...
9. Des fois, quand j'ai rien d'autre à faire ou comme ce soir quand j'écris autant d'inepties en si peu de mots que de toutes manières personne ne lira, je m'dis que j'aurais dû faire Proust comme métier... Les madeleines c'est moins crade que les escargots morts et nus...
Souvenirs, souvenirs...
J'ai la super forme aujourd'hui. J'ai pris mon trungstène 600, mon exastric D6 et mon Dopa-C-Alpha. Mieux qu'un café triple ou ce bon vieux Coca.
Tant que j'ai la pêche, je vais en profiter avant de commencer pour aller faire un petit coucou à mes potes de l'armement. C'est parti, mon petit code rétinien, mon petit code numérique perso, la petite fouille magnétique, et direction le -9. Et on descend dans les tréfonds de la planète. C'est parti ! Quand j'y pense, quel félé ce Ricco. L'autre jour, il bossait sur un espèce de mini micro-onde portatif, version palettes de défibrillateur. Il te colle une jambe entre ses 2 joujous, et il te micro-onde les orteils en augmentant le volume. L'autre jour, il avait mal réglé son truc, il a essayé sur un singe, le bestiau, il a pas tenu 10 secondes. Ricco, il a passé près de 3 heures à nettoyer son labo. Quel con...
Ting. J'arrive au -9. Hey, salut les gars ! Ca va Tony ! Adieu Paulo ! Et ce bon vieux Ricco ! Tu me payes le café ?
Tony se met à me parler de son dernier missile sol-sol qui vise, explose, irradie et balance un ebola dans la foulée. Mieux que le dernier télépohone portable qui ferait distributeur de capotes et frigo-distri-bières...Enorme.
Paulo rame encore sur son viseur infra-rouge spécial black (Au Darfour, on a du mal a les voir la nuit, c'est pour ça..), et Ricco a finalement réussi à régler son micro-ondes. Il jubile, il tient absolument à me montrer. Il chope un Mexicos ramassé sur son bateau. Putain, au bout d'une minute, le mec, il hurle à la mort, tu m'étonnes, il a vu la peau de son pied se dissoudre, les veines de son pieds exploser une par une, ses tendons éclater comme des élastiques trops secs, et finalement les os de ses orteils s'effriter phalange par phalange.
Et Ricco, il est pas content. Il a les boules parce que ca va trop vite, le mec souffre pas assez longtemps. Je crois qu'ils ont un brin, les mecs de l'armement.
Effectivement, le Mexicos, il avait vraiment super mal, il avait débranché les fils. Ils ont du le jeter.
9h24. Putain, je suis à la bourre. Allez les gars, je file, j'ai du foetus sur la planche !!
Je reprends l'ascenseur. Re code rétine, re code perso.
Niveau - 10 : armes bactériologiques.
Niveau - 11 : équipement cybernétique.
Niveau - 12 : mon petit chez-moi : expériences génétiques, juste au dessus des virus. La classe.
J'enfile ma jolie blouse.
Alors, comment vont mes bébés ce matin ? - Ca me fait toujours rigoler de dire mes bébés, au stade où ils en sont, on ne sait plus trop ce qu'ils sont, mais ça me fait marrer.
Les greffons d'oeil de hibou tiennent pas mal sur ce petit noir. Il paraît que les blacks supportent mieux certaines greffes sur certaines parties du corps, moi, je m'en fous, on me dit de greffer un truc sur un mec, je greffe, c'est tout. On me dit d'élever, j'élève. Mais lui putain, s'il vit, il va voir super loin. Ca va bien nous servir dans ce merdier en Irak, on y voit rien avec leur poussière à la con.
Bon tout va bien pour lui aujourd'hui. Suivant.
Ah, celui-là, c'est mon chouchou, je bosse dessus depuis près de 2 ans, et j'y suis presque. La branchie intégrée à la place d'un poumon, la valve de bascule branchie/poumon, et hop, on a un petit esquimau amphibie. C'est pas trop de la balle ça ? D'ici 3 ou 4 ans, on va te l'envoyer chez les Soviets par le Pacifique, tu vas voir... Mais là, il est un peu en sous-régime dans l'eau, va falloir booster un peu tout ça.
Suivant....
Eh merde.
Putain, ça daille. J'y croyais à celui là.
Mon petit griffe à chat. Ma petite papate qui se rétracte. A 8 ans, je croyais que c'était bon. Merde alors... J'avais un joli petit félin, un petit furtif qui se faufilait partout sans bruit, et qui te découpait de l'ennemi en un coup de patte. Ou de poing, je sais plus trop !! Je l'avais bien entraîné pourtant. Même pas, il a pas tenu. Je sais même pas pourquoi. Pas de rejet, pas de schyzophrénie, comprend pas... Il m'a pourri sa cage de vomi avant de crever ce petit con. Salaud de Portos, faut toujours qu'ils déguelassent tout.
Merde les boules, je le sentais bien celui-là. Va falloir que je nettoie et que je recommence maintenant. Je vais quand même demander aux gars de la cryogénisation de me le rentrer dans un bocal pour me le mettre en souvenir avec les autres. Merde, j'y ai passé du temps quand même... Tant pis, ça fera joli souvenir sur mon bureau, ça sera toujours ça de pris.
Oups, j'ai un colis. Oups, ça pue le nouveau projet...
Alors, qu'est-ce qu'on a aujourd'hui ? On a tout ce qu'il nous faut au moins ? Ils en oublie la moitié le plus souvent, ces cons. J'ai bien mon petit foetus congelé, d'accord -merci l'hopital du coin-, mes séquences de codes à intégrer et leurs petites DLC, ok, ok, et une photo du proto. On est bon.
Et c'est parti pour un petit homme-rat. Objectif : le faire grandir, et le dresser pour infiltrer par les égouts. Pas mal...
Allez, au boulot.
Voyageur du dimanche
Ils m'avaient dit de penser à prendre des anti-fièvre, des anti-diarrhée, des antibiotiques. Ils m'avaient dit de me faire vacciner, de ne pas boire, de ne pas manger n'importe quoi.
Mais oui, je ferai attention, à bientôt, à dans deux mois.
J'ai oublié, un jour. Puis un autre. A quoi ça sert de voyager si je devais me javelliser par peur de vivre comme eux ?
Et puis je suis tombé malade. Bien sûr ! Une sale fièvre, qui me faisait trembler de froid sous la chaleur moite, là-bas, dans cette cabane où ils m'avaient allongé. Je me souviens du bruit des navettes qui se balançaient. Cent fois par minute, au rythme de mon coeur devenu fou. Elles tissaient la soie juste au-dessous, à l'ombre du plancher des cabanes sur pilotis. Et cela claquait dans ma tête, mes yeux s'exhorbitaient sous les aiguilles brûlantes qui perforaient mon crâne, je vomissais les dernières gouttes de fiel sanguinolant de mon estomac. J'allais mourir, c'était certain.
Ils ont fait venir le rebouteux du village, cela faisait mauvais genre de laisser ce blanc qui voulait vivre "comme eux" crever à la première mousson. Je me souviens les avoir entendus rire quand je vomissais mes tripes dans la cuvette. Après avoir mangé les viscères de poisson au piment. C'était étrange, pas mauvais du tout d'ailleurs. Peut-être que les poissons avaient la fièvre ?
Le vieux au visage ridé est venu. Il a pris mon poignet dans sa main pendant longtemps, je crois bien qu'il était toujours là quand j'ai à nouveau sombré dans ce comas brûlant.
Ce sont eux qui m'ont fait boire la tisane qu'il avait préparé. Quelques gouttes d'abord. Puis une gorgée. C'était presque aussi amer que ces relents de nausée qui tapissaient ma bouche. Je crois que cela a pris trois jours pour que j'arrive à avaler tout seul le bol. La fièvre est tombée. Il m'a fallu encore quelques jours pour manger du riz et pouvoir me lever. Ils ont ri parce que mon pantalon est tombé sur mes chevilles. J'avais perdu ma graisse de blanc bien nourri !
Quand j'ai été capable de repartir et de continuer mon voyage, il y en a un qui m'a accompagné à la maison de l'homme qui m'avait soigné. Je voulais le remercier, et rembourser ma dette.
Le vieux a rigolé, il savait bien, lui, qu'il est facile de guérir ces fièvres là. Ses ancêtres aussi savaient le faire. Il m'a montré les bocaux où il avait puisé de quoi préparer ma potion.
Je n'ai rien dit. J'ai regardé, fixement, hébété.
Ah si, j'ai dit merci, et je lui ai donné un sac de riz que j'avais acheté pour lui.
Quand j'ai franchi la dernière maison du village j'ai vomi.
C'est con. Je crois que je suis un voyageur du dimanche, en fin de compte.
18 février 2008
Avant/après
Avant y’avait des petites boules rouges, des sucreries qui fondent au goût myrtilles de montagnes sauvages.
On y plongeait la main pour en sortir des poignées de jouissance.
Et des « hum » et des « ha » multicolores.
Aujourd’hui les poings sont trop serrés pour y rentrer, le bocal est scellé.
Avec pour seule étiquette visible, un reflet sur le devenir.


