04 février 2008
40 ans après
Je reviens face à ce mur 40 ans après.
Je me rappelle qu'à ce moment là, j'ai écrit ce mot en y croyant sincèrement. J'avais pris mon pinceau, et jeté sur ce mur le mot paix avec toute la haine et le force de mon âme d'adolescente. J'en avais révé, avec la fougue de mes 20 ans, pendant cette période trouble où le rêve était permis, où l'utopie était devenue notre quotidien pendant ces quelques semaines hors du temps. On a dormi dans les amphi, lancé les pavés, retourné des voitures, on a cassé une routine bien huilée, ça, c'est les images qu'il en reste aujourd'hui. Mais le fond des choses est qu'on avait réussi à déstabiliser un pays tout entier, on avait introduit l'aléa dans une harmonie étatique silencieuse et trop parfaite. Depuis le 5 mai 1968, on allait vers l'inconnu, et ça, c'était grisant.
Mais par dessus tout, on a révé, on y a cru, vraiment. On a refait le monde pendant ces longues nuits, on a imaginé un futur différent, séparé du capital et de la rentabilité, un monde d'hommes et de femmes, une utopie que nous avons tous crus possible à ce moment là. J'ai écris ce mot sur ce mur avec cette idée, et 40 ans après, elle est encore là. Et je crois que ce rêve touché du doigt nous a tous définitivement changé.
Aujourd'hui, j'ai 60 ans.
Mon mot utopique d'adolesente est délabré, à moitié effacé par le temps, la peinture s'est écaillée, le mur sur lequel il repose n'est plus qu'une parcelle d'une vieille usine désaffectée dans une zone industrielle de la banlieue de Nanterre.
Mais mon mot est encore là, debout, et une larme de résistance coule de mon oeil rien qu'à cette idée.
Mon rêve vit encore après 40 ans. Je vis encore après 40 ans.
Depuis cette parenthèse utopique, j'ai enseigné l'EPS, pendant 35 ans, et je suis à la retraite, depuis hier.
Je viens ici pour boucler la boucle.
Je viens ici pour voir ce que je suis devenue.
Je viens ici pour voir si j'ai changé.
Le monde, lui, a changé.
Mes conditions de travail se sont écaillées comme mon mot sur ce mur, d'années en années. Et aujourd'hui, un enfant peut m'insulter en toute impunité, la moitié d'entre eux sont obèses ou en surpoids, et je suis obligé d'adapter un programme d'EPS de plus en plus frileux à une population de plus en plus fragile. Je suis inquiète pour ces enfants, et révoltée par le monde qui les construit.
Et je n'ai d'avis éclairé que pour ma discipline marignale, ce qui exclut la culture intellectuelle, et d'autant plus l'orthographe...
Et au delà de mon petit collège, je n'aime pas ce que ce monde est devenu. Télévision, consommation, pauvreté, violences, profits, rentabilité, tout ce contre quoi nous avons lutté est omniprésent. Je ne suis qu'une anonyme qui cherche à fuir la violence du monde, je ne suis qu'un consommateur numéroté qui alimente une mécanique qui s'emballe.
Notre rêve de paix n'est pas finalement pas devenu réalité.
Mais aujourd'hui, quand je revois ce que j'ai peint il y a 40 ans, quand je sens cette larme couler sur ma joue et la chaleur monter du fond de mon ventre, je constate avec fierté que j'ai encore cette hargne au fond de mes trippes.
Notre rêve de paix n'est pas devenu réalité. Et j'ai changé.
En 40 ans, j'ai appris la patience, et j'ai un peu plus de recul sur le monde dans lequel je vis. Je sais maintenant que ce monde devra finir. J'espère seulement être encore là quand ça arrivera.
Notre rêve de paix n'est pas devenu réalité. Pas encore...
03 février 2008
Intérieur / Extérieur
Me voila mise à nue, sur une chaise en bois, au fond de cette pièce sombre.
Comment veux-tu que j'aille en paix, avec la bouche cousue sur un cri de désir, les mains liées dans le dos de mes envies, les cuisses écartées sur le vide de ton absence ?
Ma paix, tu l'as troublée, en me montrant la place que tu me faisais sous ta poitrine, tout près du plus profond de tes tiroirs.
Ma paix, tu l'as ébranlée en m'ouvrant cette brèche sur ton âme, en me guidant jusqu'à tes entrailles.
C'est tenace l'envie, ça tâche.
Mon coeur est prêt à exploser de tant battre pour égréner les secondes qui me mèneront jusqu'à un peu plus de toi.
Mes veines gonflent, ma peau se tend, mes bronches se vident et se remplissent exagérément, ma tête en tourne.
J'étouffe mais pas seulement.
C'est résistant le désir, ça déchire et ça brûle.
De l'air glacé dans mes poumons.
Mes muscles se raidissent dans un élan qui voudrait me propulser dans tes bras, mes hanches me poussent en avant.
Mon corps vit au-delà. Et moi.
J'entends tes pas sur la moquette, au-dessus. Je te sens te déplacer.
Je voudrais hurler.
Je voudrais prendre ces escaliers, effondrer ton plancher d'un cri strident.
ça fait un boucan d'enfer dans ce sous-sol capitonné.
ça bat, ça grouille, ça dégouline, ça ventile, ça tape, ça frappe, ça caresse, ça détend, ça attendrit, ça résonne, ça trébuche, ça rigole, ça respire, ça saute, ça bondit, ça tombe, ça roule, ça cogne, ça lèche, ça colle, ça mord, ça aime, ça baise dans tous les sens.
Je ne suis pas sûre de pouvoir supporter.
Je crois que c'est ça, pourtant, c'est juste la vie.
Et putain, que c'est bon, de ne pas être en paix.
Je gis
J’écrivais à un confident, il y a quelques mois, au dos d’une carte postale. Je lui écrivais quelque chose comme ceci. Un jour, je risque d’être heureuse. Et je déteste d’avance celle que je serai à ce moment-là. Parce que cela supposait que je laisse mes idéaux et mon amour de côté. Je me souviens de ces phrases. Et de cette guerre que je menais contre moi-même. Silencieusement. Je refusais. Tout.
Je n’ai pas trouvé le repos. Encore. Je m’en veux, parfois, d’aimer cette main qui me touche et qui n’est pas la sienne. Je m’en veux des mots doux que je prononce et des projets que je formule. Je m’en veux de m’épanouir loin de ses yeux. J’aimerais ce soir encore lui caresser le visage, l’embrasser et le rassurer pour qu'il s'endorme. Je ne lui en veux pas d’être parti. Je ne l’ai jamais combattu, lui.
Je dois cesser cette bataille intérieure et ranger à sa place cet homme absent et notre histoire achevée il y a bien longtemps déjà. Je dois accepter ces nouveaux sentiments qui me sont arrivés sur le coin de la figure sans préméditation. Il n’y a rien de plus beau que ces émotions réciproques. Je ne gâcherai pas tout, une nouvelle fois. Je ne reprendrai pas les armes.
Je ne serai jamais totalement heureuse
dans ce monde-ci. Je suis beaucoup trop rationnelle. Je suis devenue imperméable à l'actualité politique il y a plusieurs mois. Je ne pouvais être sur tous les fronts à la fois. Il est peut-être temps que ça change. Que je me trouve de nouveaux adversaires,
que je cible les bons ennemis. Le choix est large dans ceux qui gravitent
autour de nous.
Je veux vivre avec lui apaisée. Et mener avec eux un conflit sain.
Quartier libre?
Un temps pour l’orage
Un temps pour la peine
Dix ans que j’enrage
Que je traîne ma haine
Dans ce quartier sans espoirs
Où les beurs, les jaunes, les noirs
Tous autant que nous sommes
Nous tentons de rester des hommes
Chaque contrôle de police
Chaque coup s’immisce
Dans le mur de nos silences
Prix à payer pour un espoir de France
Et pour vous, qui sommes nous ?
Des immigrés devenus bétail
Venus vous piquer votre travail
Celui que vous ne voulez plus faire
Celui que vous nous regardez faire
En ricanant avec vos frères
Au mieux des voleurs, au pire des dealers
Mais rappelle-toi que ton grand-père
A tué mon père et violé ma mère
Pendant la guerre d’Algérie
Et moi je ne suis que le fruit
Des violences de nos pays
Batard là-bas, batard ici
A tenter de me construire une vie
En France où nous fumes bienvenus
Comme chair à canon
Comme main d‘œuvre pas cher
Mais faut se faire une raison
Ma vie ne vaut pas plus cher
Que mes larmes qui coulent, amères.
Folie des hommes.
La paix ?
La concorde, l‘harmonie ?
Et pourquoi pas le respect et la compassion aussi ?!!!
T’es ouf ou dingo ?
Tu veux finir clochard dans l’métro ?
Où tu crois que t’habites ?
Sur quelle planète ?
Ici y des ministères de la guerre.
Y a des ministères AMER
T’as déjà entendu parler,
D’un ministère de la paix ????
Mec, si le mot est beau, n’oublies ou tu l’as lu.
Pas dans un roman, pas dans un essai.
Pas dans une poésie.
Mais sur un mur.
Un vieux mur de ma cité.
Tu comprends ça ?
Ici faut être un voyou
Un fou , un désespéré
Pour écrire, pour crier
PAIX
01 février 2008
Semaine 22
Voici une photo d'un mur de mon quartier quand j'étais petite...Bon week-end et bonne semaine 22. Hoki


