07 novembre 2007
Jeux de mort
Que c'est bon d'etre là.... Enfin...
Fini le froid, fini la faim, je n'ai plus qu'à profiter. C'est chouette la mort, que des avantages, en fait. Regardez moi ceet belle journée qui commence.
Ce matin, je vais rester là, à bronzer sur ce banc.
Enfin, encore faut-il que les morts bronzent, au fait...
Et dire qu'hier soir encore, j'étais transi par la nuit, emmitouflé dans mon carton humide, réchauffé seulement par la douleur de mon ulcère et ma bouteille de villageoise. Et ce matin, hop, plus rien, plus de sensation de froid, ni de faim, ni d'ulcère. Ca fait presque bizarre en fait, je m'étais habitué à cette vie. Et maintenant, il va falloir que je m'habitue à cette mort !
Ah voilà ma mamie du matin. La vieille peau. Elle sort son chien à 9 heures pétantes, elle est toute pomponnée et elle sent le patchouli à 100m. Ca, je le sais d'avant ce matin, parce que la notion d'odeur est restée avec l'enveloppe corporelle qui se trouve à l'autre bout du parc. Toujours avec son con de caniche qui pisse partout, y compris sur moi.. Mais pas aujourd'hui !! Tu pisseras ailleurs, con de chien !! GNARK GNARK GNARK..
Et d'ailleurs, est-ce que les chiens sentent les fantômes ? Ce serait rigolo ça tiens... Ca me donne une idée...
Elle va venir s'assoir sur ce banc, parce que c'est SON banc, et que pour rien au monde elle n'en changerait, parce que c'est comme ça, et puis c'est tout. Elle fait comme ça depuis des années, et il n'y a pas de raisons que ça change, bla bla bla...Elle m'a suffisamment emmerdé de mon vivant pour que je me rappelle de son discours comme d'une cassette qui défile sans fin, genre auto reverse automatique..
Mais aujourd'hui, c'est différent. Je ne bougerai pas.
Elle arrive près du bance, elle s'assoie sur moi, elle ne sent rien, moin non plus du reste et j'adore ça...
Et oui, mamie, le banc est à moi ce matin...
Elle libère son fauve et s'apprête à lui asséner les conseils d'usage "Ne prends pas froid, mon doudou" "Attention à tes papattes dans l'herbe humide, on les a lavées ce matin" "Viens ici mon pipounet, ton blouson est défait !"
Ca y est , elle me soule... On va essayer de régler ça...
Je me lève à travers elle, et me dirige vers la bête qui a visiblement trouvé un truc qui l'intéresse, sa truffe restant collée à un lampadaire.
Je m'approche sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, pour ne pas lui faire peur
Mais non, je suis con, un fantome, ça ne se voit pas..
Tant pis, je continue à faire le furtif, c'est plus rigolo...
Je me mets doucement à quatre pattes en face de lui, sa truffe en face de mon nez.
J'ai de la chance, je ne sens plus les odeurs, parce que l'odeur de caniche, bonjour !!
Et je crie un grand coup :
"AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!"
Et direct, le chien part en courant, totalement effrayé : KAÏ KAÎ KAÏ KAÏ !!!
OUAOUH, ca a marché !!
Le chien s'est caché sous un buisson du parc, il est terrorisé, mamie aussi pour le coup, et elle se précipite vers le pauvre toutou tremblotant.
"Qu'est ce qui t'arrive mon titounet - c'est vraiment nul comme surnom mon titounet - viens voir maman, on va aller à la maison, je vais te donner tes croquettes, ca va te faire du bien"
Résultat des courses :
1/ Mon banc est libre,
2/ Je ne suis pas coupable, parce qu'elle ne m'a pas vu
3/ Elle va avoir des histoires à raconter à ses copines du club de scrabble au moins pour 3 jours "Et tu sais, mon didounet ce matin, il a eu peur, bla bla bla..."
4/ Vu la trouille du toutou, elle ne reviendra pas ce soir, je suis tranquille jusqu'à demain.
Que du bonheur !!
Alors je retourne m'allonger sur MON banc, tout content de ma connerie de gosse. Finalement, je vias bien me marrer dans ce monde.
Je rêve donc je suis
Ce maudit réveil vient de sonner m'arrachant au rêve étrange et pénétrant que je viens de faire. Je n'ai pas envie d'en sortir mais trop tard. Le mal est fait. Je me lève donc, le regard encore plein de sommeil, me dirige vers la machine à café. Ca ira mieux après. Mais le rêve se poursuit malgré moi, au lieu d'être seul derrière ma table, je vous devine mes chers fantômes. Vous me souriez. Je me sens moins seul. Et en même temps je me dis que décidément je déraille de plus en plus. Une douche me sera certainement salutaire. Non. Il n'en est rien. Mes gestes sont au ralenti, je devine votre présence , votre chaleur. Vraiment, faut que j'aille faire un tour moi. L'air vif de ce début d'automne me rendra toute ma raison. Du moins je l'espère.
J'emprunte le sentier qui descend sur le ru, je le longe à contre courant, je me laisse bercer par le chant de l'eau vive, le bruissement des feuilles qui meurent et tombent silencieuses sur le sol humide. Mes pas font craquer celles qui ont séché, les toutes premières à être tombées. J'aime traîner des pieds dans les feuilles mortes. J'aime le bruit que cela fait. Jeu au parfum d'enfance. J'avance, insuffle l'air frais, écoute le chant des oiseaux. J'aperçois au loin un âne. La croix sur son dos? Son regard? Sa couleur? Je ne sais pas. Les ânes m'attendrissent chaque fois que je les vois. Les ânes, rêvent-ils eux aussi? Peu m'importe en fait. Mon rêve continue de me hanter. Le monde à l'envers! Ma tête n'arrive pas à venir à bout des ombres de la nuit, elles me poursuivent jusque sous ce rayon de soleil automnal. En ai-je envie? J'aime bien ce rêve en fait, morts et vivants cohabitants en toute sérénité. J'ai même pu enfin obtenir les réponses aux questions que je n'avais jamais eu le temps de poser à ceux qui sont partis trop tôt. J'ai aussi enfin pu les traiter d'ingrats. Partis, seuls, chacun leur tour, voir de l'autre côté du miroir. Jamais revenus pour nous dévoiler le grand secret. Reste plus qu'à attendre son propre tour pour savoir. Pas tant envie de savoir que ça en fait! Ca attendra bien! Prendre quelques clichés de cette campagne rousse avant qu'elle ne redevienne imberbe le temps de quelques mois. Apercevoir un banc planté là au milieu d'un champ. Invitation à la méditation? J'accepte. Je m'y assois et contemple les nuages. Tiens, un chat! Et puis là, on dirait le chien de Madame Marcel, la voisine. Des frissons me parcourent. Manquerait plus que ce drôle de rêve me fasse choper la crève! Je prends une photo du banc avant le chemin du retour. Je fais bouillir de l'eau pour un thé. Pendant que l'eau chauffe, je décharge sur le disque dur la carte mémoire. J'aime revoir les photos prises quelques semaines auparavant. Finalement c'est une bonne idée que celle de fixer quelques intants de bonheur. Elles m'arrachent quelques sourires. Je verse un trait de rhum dans mon thé. Remède de bonne fame. Prétexte aussi. M'en fous. Personne ne sentira mon haleine. Pas même les fantômes de mon rêve qui ont perdu l'odorat avec la parole. Tout juste bons à sourire ou grimacer quand je leur posais une question. Déjà ça en même temps! Si seulement vous pouviez vraiment être là, même silencieux.
Et là, d'un coup d'un seul, je me file un coup sur le front. Qu'est- ce que c'est que ce truc?! La dernière photo. Celle du banc. Un homme est couché dessus. Je le reconnaîs. Enfin me semble-t-il... La tête me tourne. Je file sous la couette avec cette seule certitude: je rêve donc je suis... 
04 novembre 2007
Je me souviens
Quand il est entré dans ce bar, j’ai
cru voir un clochard. Tout pareil. Fringues. Cheveux. Barbes. Dents pourries.
Il semblait à moitié propre. Il a commandé un picon bière et je voyais les
poils de sa moustache qui gardaient un peu de boisson. Je regardais ce reste de
mousse, ça me dégoûtait. Il ressemblait vraiment à pas grand-chose. Je ne le
trouvais pas beau, je trouvais son style ringard, je trouvais qu’il faisait
sale.
Et je l’ai rappelé.
Quand j’ai mis les pieds dans son appartement, c’est l’odeur de renfermé doublée
de la clope qui ont attaqué mes narines en premier. Puis, j’ai vu les cafards, ils
m’ont fait crier. Avait-il seulement une seule fois passé la toile sur son
carrelage. La montagne de vaisselle. Les restes de pizzas commandées à domicile
sur la table basse. Des poils dans la douche et sur la cuvette des WC. Une
horreur. J’étais imprégnée de cette odeur quand je rentrais chez moi.
Et je l’ai rappelé.
Et. Plein de choses. Tant de
choses. Un an et demi avec à mon bras le clochard de la ville. Il rôde encore
par ci par là quand je ferme le yeux. Et c’est grâce à lui que j’ai une réelle
tendresse pour les alcooliques des bars de quartiers. Il y avait Gérard, Steph,
Jean-Pierre, Marcel, et lui. Mon clochard malheureux. Et moi, qui récoltait
tous leurs sourires. Je posais ma main dans la sienne.
Et j’aimerais qu’il me rappelle.
02 novembre 2007
Le Banc
C est certain........maintenant je vais rater le train ......Je vais traverser le parc ce sera plus rapide ....En plus gourde que je suis j ai mis les talons aiguilles ......Pas facile de courir avec ......
Aie ......
Merde ........§%§%£££ J ai cassé le talon .....Vite un banc que j y mette un bout de Scotch
A cloche pied j ai vraiment l'air abrutie ........Ouf un banc .......Tout vieux et tout moche mais au moins pas de fiente de pigeons ....Ah enfin assise .......
- Dis donc ma bonne dame ça vous gêne pas un peu les entournures de m'écraser comme vous le faites
Tiens j ai cru sentir une présence ....En plus je deviens folle .....Vite le Scotch .......C est pas vrai il veut pas se couper .....
- En plus elle a deux mains gauches ......Pousse ton popotin de là je vais le couper ton bout de Scotch .....
J ai la berlue où le Scotch vole ......Allez Aglaée ...Tu es une grande fille ......Ne te laisse pas impressionner par une petite hallucination. Un morceau est coupée !!!!!!!...Non c est pas vrai !!!!!!!!.....Là je me pince ....Ouille mes fesses!!!!!!!! qui m a donné un coup de pied ......???????
- Désolé ma belle mais j avais la jambe engourdie et puis tu pourrais avoir un peu plus de respect pour le pauvre fantôme que je suis ....Même pas un regard .....Allez zou je te baise les lèvres pour me faire pardonner
AAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
On m'a touchée ....... On m a embrassée AAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
- MAIS TU VEUX BIEN TE TAIRE
-Mon Dieu mais qui êtes vous ??? Mais je suis assise sur vous ......Mais je ne sens rien ........Je
- Je ......Rien du tout .....Je suis un fantôme et tu me vois!!!!!! Pas la peine d en faire tout un plat....... pauvre nouille .....Bon maintenant que j ai réparé ton talon tu pourrais peut être me laisser faire ma sieste
- Euh oui je .....Merci monsieur ........C 'est la première fois ......C est pour cela ......Je .....Enfin .....On pourrait se parler un peu
Moi j aime pas causer mais si tu veux je viens hanter ta demeure parce que l hiver arrivant je me caille les miches ....
-Oui avec plaisir alors vous me laissez vous voir et vous respectez mon intimité
Et c est ainsi que l'amiral comme il aime que je l appelle est venu vivre chez moi ......chez nous ......Il est resté après l hiver ....Tout le temps.......Et à l'heure où je vous écris il est près de moi .......Et malgré son caractère bougon et ses jurons il m enveloppe d'une chaleur qu aucun être vivant n a su me donner jusqu à présent
Notre banc
Quand nous nous retrouvions... dis, tu te souviens ?
J'aimais tellement les odeurs de nos rendez-vous ! Tu crois que c'est
ça, l'odeur du bonheur ? La fragrance acidulée, fraîche et vert pomme,
des mélèzes après la pluie d'été ! et parfois cette bouffée un peu
humide d'une mousse spongieuse. En automne tout craquait sous nos pas !
impossible de nous faire peur en surgissant en silence, à pas de loup,
au détour de ce petit bois des villes.
Dis, tu te souviens ? De
notre banc ? Et ses lattes de bois craquelées par le temps ! Nous
avions un peu peur, tout au début, qu'il ne cède sous nos poids ! Mais
il était vaillant, notre banc. J'arrivais même à y marcher en
funambule, pendant que tu riais de me voir oublier (...)
Non, je ne veux pas en parler, non. Mais j'oubliais, c'est vrai.
Je guettais la lueur dans tes yeux quand tu glissais ta main dans ton
sac. Je trépignais jusqu'à ce que tu me tendes en souriant la poche de
papier tachée de gras. Et le parfum du beignet à l'abricot me faisait
bondir de joie ! Comme j'aimais ces moments là. Sur notre banc.
Le temps sans toi, le temps loin de ta bouche, loin de tes bras, le temps a passé.
Je ne suis jamais revenue sur notre banc. D'ailleurs ce n'est plus notre banc.
Sur ses lattes craquelées gît un amour décomposé, un amour exsangue, qui se dissout dans l'oubli.
01 novembre 2007
Semaine 9
La semaine 10 à rougevoyelle...
29 octobre 2007
Vent de novembre
Petits soldats de plombs. Je défile sur la bobine devant mon père, un chapeau à plumes sur la tête. J'ai enfilé les chaussures trop grandes et bien trop hautes pour moi de ma mère. Sur la pointe des pieds, je me faufile dans sa chambre, saisis son rouge à lèvres, et m'en vais barbouiller le papier peint de mon sens artistique le plus éloquent. Ils entrent dans la pièce. Pas besoin de mots, je sais que ce que je viens de faire est mal, je me mets à pleurer pour leur montrer que je le sais et que je regrette. Une autre fois, je m'assois sur le ballon, à peine gonflé, qui explose. J'attéris les quatre fers en l'air. Un autre jour, je suis assise sur mon petit vélo, j'ai le coeur qui bat. Je le regarde, il me dit de ne pas avoir peur, de me lancer. C'est en suivant son regard, oubliant mon émotion, que mes jambes se mirent seules en route et me portèrent jusqu'à lui. En hiver, mon frère et moi sommes assis sur la luge qu'il nous a bricolé, et descendons à toute bringue la petite piste de fortune qui s'est dessinée sous la neige, derrière, dans le jardin de ma grand mère.
J'ouvre grands les yeux, inspire profondément, et je redeviens celle que j'ai été. Se souvenir des endroits, des émotions, positives, comme négatives, des souvenirs qui m'ont marqué. Il y en a des bons, comme des mauvais. Tous nous construisent. Mais je ne compte pas retourner à cette époque, comme certains le souhaitent tellement, parce qu'ils l'idéalisent avec le temps, se disent qu'en comparaison avec aujourd'hui, c'était la belle époque, celle de l'insouciance. Et bien, non, nous n'étions pas complétement insouciants, il y a des choses mauvaises comme bonnes à toute étape de la vie. C'est ce dont je me rappelle, sans dire pour autant que mon enfance ne fut pas aussi belle que possible.
Je suis simplement réaliste, je veux me souvenir de tout. Mais le plus drôle, c'est que je suis née en novembre, et que mes souvenirs les plus intenses sont ceux imprégnés du vent froid qui éveille de ce mois.
Comme tu m'as appris à rouler sur un vélo, tu m'apprends aujourd'hui à conduire, Dad.


