20 septembre 2007
Je suis triste
Je suis triste.
Ces mâles assurances de conquérants.
Ces sourires enjôleurs, ces clins d’œil gras.
Elle a déjà bu trop de verres pour continuer à user de son
charme véritable.
Celui de ses mots sublimes.
Elle s’oblige à se balafrer de maquillages vulgaires, et
s’habiller de dentelle vulgaire, à rire de façon vulgaire.
Tout ça n’est qu’un jeu cynique.
Puisque c’est ça qu’ils aiment.
Puisque c’est ça qu’ils veulent.
Puisqu’ils ne peuvent entendre ses mots.
Ses mots sublimes.
Elle va boire encore un peu. Je le sais.
Et quand elle sera suffisamment ivre pour ne pas souffrir
moralement de l’étreinte à venir, pour ne pas sentir leur haleine avinée, pour ne
pas sentir leur sexe tendu d’un désir purement physique, elle embraquera le
porc de l’instant.
Elle glissera sa main vers la sienne, se lèvera et
l’entraînera chez elle, à deux pâtés de maison de ce bar.
Il la soutiendra dans la rue, pour ne pas avoir honte.
Il sourira de ce rictus de prédateur que je hais, une main
sur ces seins, ou dans sa culotte.
Et dans l’ombre de la porte cochère, ombre parmi les
ténèbres, je plongerai mes crocs dans sa gorge.
Parce que moi j’ai lu ses mots à elle.
Ses mots sublimes.
Je la coucherai ensuite, inconsciente, sur son lit défait.
Je la laverai de la souillure qu’elle s’impose.
Je lui parlerai depuis la nuit noire.
Ecris ma belle, écris pour moi.
Ecris moi encore cette aube qui s’élève…
18 septembre 2007
gin to'
Qu’est ce qu’il me veut. Il ne voit pas que je suis bien, là, à moitié saoule maquillée comme une putain. Toute seule avec mon verre. Je ne veux pas qu’il me parle, ni qu’il me regarde. Je le toise ce minable. Je suis en deuil depuis quinze ans. Il me complimente alors que je veux juste qu’il dégage. DEGAGE ! Bordel tu vas te tirer. Je n’ai pas besoin d’aide, je n’ai pas besoin d’y croire, je n’ai pas besoin de regards mielleux. Mes entrailles hurlent. Je me contiens mais j’hurle tellement fort, comment peut-il ne pas l’entendre ? J’esquisse un sourire navré, il ne comprend rien à rien. Il reste, il croit qu’il me charme, qu’il sait parler aux femmes avec sa psychologie de merde. L’ébullition. La lave prête à jaillir, et il se croit intéressant. Cela ne va pas pouvoir durer longtemps. Il semble vouloir faire sa B-A avec moi. Il veut me sortir de la bouse dans laquelle je me complais. Je commande un autre verre. J’allume une autre cigarette. Il fait un petit geste pour dégager la fumée. Pitoyable. Je me tourne de l’autre côté du bar. Il parle, il ne fait que parler, pour ne rien dire. Il tente de remettre ma manche et frôle ma peau tatouée pour cet homme absent. Trop. C’en est trop. Ca sort sans que je puisse le retenir. Putain, je cris littéralement dans ce bar. DEGAGE ! DEGAGE ! DEGAGE ! Tout le monde me regarde mais il reste là. Interloqué. Honteux je crois, de tout ces regards. Je serre le verre dans ma main gauche. Je vois le scénario dans ma tête. Je vois sa gueule éclatée ensanglantée. Je vois sa gueule éclatée et je jouirais presque de cette image. En noir et blanc, pour le côté artistico-tragique. Je me lève respirer dehors, seule. Je marche pieds-nus sur le trottoir vers un autre bar. Mon maquillage de putain coule. Je ne pleure plus jamais, depuis quinze ans, il ne s’agit que de la pluie. Je couperai les couilles du prochain. Je déchirerai le scrotum, cisaillerai les bourses lentement et je les lui ferai bouffer. La gueule éclatée c’est bien trop soft.
Black Mirror
J’ai d’abord monté le son, parce que cette chanson m’a fait penser à toi. Et cette photo noire pétrole aussi. Comme ton âme et tes mains, pleines de suie. On dirait que t’as travaillé dans ce bourbier charbonneux toute ta vie. Et je dis ça tendrement, avec de la compassion pour cette vieille punk à laquelle tu essayes de ressembler. T’as l’air d’une fille sortie d’un champ de mines. T’y as laissé ton innocence, mais ton visage a gardé la même douceur. T’as des mots qui restent gravés dans la tête, brûlures intérieures dont les cicatrices ne s’effaceront peut être jamais. Tu sens cette petite odeur de gasoil qui met des hauts le cœur à tous ceux qui s’approchent un peu trop de toi. Tu aimerais faire croire au reste que tu as tout vécu, ou presque. Une échappée de la faucheuse. Une vieille louve de mer qui traine dans des verres d’alcool en buvant quelques bars, en compagnie d’autres compagnons de fortune. Ton cœur n’est pourtant pas noir, il est juste un peu vieilli d’avoir trop vu. Abusée, meurtrie, la petite flamme au fond de tes yeux n’est pourtant pas encore éteinte. C’est comme ça, malgré la poussière de ton intérieur, tu continues à espérer. Puisque comme on dit, l’espoir fait vivre. C’est d’ailleurs sûrement ce côté borderline, toujours sur le fil tendu entre la vie et le gouffre, qui te donne cet air si écorché. Car tu l’es, écorchée. Tes plaies parlent d’elles mêmes, et aucun bandage ne suffisent à en contenir les écoulements. Mais tu sembles avoir retrouvé quelque chose en quoi avoir foi, une chose pour laquelle tu n’es sans doute pas prête mais que tu porteras maintenant pour toujours, quoi que tu fasses.
A trainer dans les rues sombres, on y trouve parfois une étincelle. La vie en toi.
17 septembre 2007
chair meurtrie.....
Voyez vous ce gringalet qui s'avance ......Il pense sans doute qu'avec tous les verres que j ai bu je serais facile à séduire .....
Ça sort tout juste du sein de sa mère et ça s imagine être un Homme .....Il pense sans doute que je suis trop maquillée ....Qu 'avec une fille comme moi on peut tout se permettre ......
Approchez jeune homme venez tenter votre chance mais n'ayez pas peur de goûter au bitume ....Car malgré les apparences je suis une femme sérieuse .....Je viens noyer mon chagrin dans ce bar .....Pour oublier ......
Oublier cet homme qui m a violé dix ans plus tôt .....Qui sortait justement de ce même bar mais qui n'a jamais été inquiété ....J ai envie ......
Envie de sentir son regard me supplier quand je lui pointerai le canon dans la gueule......Pourtant , il me semble .....
Il me semble jeune homme que vous avez son regard .......Ah
Ah si je m'accordais une petite répétition .......
Les jeux sont faits, rien ne vas plus...
Ce soir, je jouerai sa victime.
Là, maintenant, tout de suite, je n'ai plus de jeu, et c'est elle qui a la main gagnante. Cette partie est finie, mais elle a encore envie de la faire durer un peu, et moi aussi. Elle connait bien les règles sur l'illusoire jeu de la séduction, moi aussi, alors quelque part, nous sommes à égalité, même si je vais perdre.
Cela dit, il existe certaines situations où perdre reste un instant extrêmement agréable...
Elle est donc là, prenant tout son plaisir à me désarçonner. Elle est en train de me mettre à nu pièce par pièce, très lentement, et je suis en train de fondre comme neige au soleil. Bientôt, je ne serai plus qu'un petit glaçon tout nu, attendant de me faire vampiriser par ces magnifiques yeux noirs provocateurs et arcachnéen, mais putain, c'est agréable...
Bien sûr, je fais semblant de ne pas vasciller.
Bien sûr, je garde ma stature d'homme fort.
Il faut malgré tout continuer à jouer, même si maintenant, cela n'a plus de raison d'être. Mais ça fait partie des règles, et je respecte les règles. Je conserve mon self contrôle d'apparence, je fais mon macho, mon sûr de moi, je prends les choses de haut et mon verre avec assurance, alors que je sais aussi bien qu'elle qui contrôle la situation à cet instant précis.
Le plan est déjà prêt. Son lit est déjà chaud, et le petit déjeuner qui précèdera mon départ aussi.
Parce que cette femme n'aime pas, elle conquiert. Elle domine. Elle contrôle. Je ne serai qu'une passade de plus dans sa vie, un trophée supplémentaire à sa collection, un anonyme passé dans son lit après de nombreux anonymes, et avant de nombreux autres anonymes..
Seulement, j'étais déjà dans ce bar le soir où elle y est entrée pour la première fois, assis tranquillement dans la salle, tapi dans l'ombre, observant son monde. Il y a de ça plusieurs mois, déjà.
J'en sais maintenant sur elle bien plus qu'elle n'imagine, parce que j'ai commencé à préparer cette partie depuis longtemps, et il n'est pas improbable que je joue bientôt un joker dont elle ignore totalement l'existence.
Mais pour ce faire, je dois perdre cette partie, attendre patiemment la prochaine.
Je ne pensais pas avant ce soir que se laisser séduire pouvait procurer autant de plaisir...
Pilier
Le pire c’est quand même quand t’es là pour attendre. Le pire c’est que t’en est au deuxième opus liquide et que les piliers du bar se relayent pour te soutenir. Le pire c’est qu’ils imaginent tous pouvoir te soutirer une petite causerie. Ou te tirer tout court dans la nuit. Le pire c’est de garder le paraitre, l’intelligence et faire preuve d’une répartie de haut de vol qu’ils ne peuvent d’ailleurs pas saisir. elle est hors de portée. Le pire c’est de passer pour une folle, froide, hautaine, distante. Le but c’est de garder le sourire malgré l’aigreur des verres qui passent et le périmètre de sécurité.
Scène de crime
Accoudée
Au bar
Fusiller
Du regard
Lécher
Son verre
Envoyer
Un éclair
Message
Evident
Traçage
Insolent
Chasser
Le goéland
Aspirer
Son gland
16 septembre 2007
Bizet mortel
- Non, je vous en prie,
gardez votre béret noir. Je le trouve troublant, très approprié au lieu, à
cette foule tout autour de nous.
- Oui, il y a du monde ce soir ! Votre tatouage, là, près de votre épaule, vous
permettez que je le regarde de plus près ? On dirait une sorte de lance...
- Oui, c'est une banderille. Aimez-vous les corridas ?
- Les corridas ? J'avoue tout ignorer du spectacle. Mais je suppose qu'à
l'origine les corridas étaient de vraies batailles entre l'homme et le taureau.
Pourquoi avez vous choisi ce tatouage ? Ne me dites pas que vous avez déjà
affronté une arène ? Vous semblez si peu armée au combat...
- Ne vous fiez jamais aux apparences, jeune homme !
- Vous avez raison, quand je vous ai aperçue tout à l'heure, je n'ai eu comme
pensée que «quelle beauté arachnéenne », l'image d'un toréador était bien loin
de moi !
- Mes bras gainés de résille vous ont donc inspiré cette image ! N'ayez pas
peur, je ne tisse pas de toile où saisir mes proies !
Je m'appelle Carmen, et
vous ?
14 septembre 2007
Semaine 2

pour la semaine 3 voyez ça avec Leponyme.

