Combien de temps que je suis dans cette cage ? Deux jours, une semaine, un mois, plus ?

J’ai perdu la notion du temps. Pire, je ne sais pas pour combien de temps je suis là.

Le pourquoi me l’eut indiqué, peut-être.

Je deviens fou, totalement fou. Je perds pied. La raison m’échappe. J’en arrive à mordre le grillage comme un chien fou. Je m’y accroche. Je décroche. Je me raccroche. Mais que m’arrive t-il ?

J’ai réalisé par brides toute l’ineptie de mon impuissance à tourner en rond dans cette prison. Je sais qu’ils m’observent. Je m’en fiche. Aucune prise sur moi.

« Où êtes-vous bande de fumiers ? »

Bientôt 6 mois  qu’il est là, dans cette cage. Les vapeurs de transaïne beta temporis qu’il respire sans qu’il s’en aperçoive lui ôtent toute idée du temps qui passe ainsi que la plupart de  ses souvenirs. C’est la procédure. Il lui arrive d’avoir des accès de folie désespéré, à en mordre le grillage. Je suis chargé de le « surveiller » via un système de caméra à infrarouge. Je ne sais pas s’il le sait.

Au début je me souviens encore, j’ai crié de rage, à gorge déployée, les yeux exorbités. De toutes mes forces. Puis j’ai arrêté. Epuisé. Plus de voix. Inutile. Seul. Et quelques larmes.

Personne n’a bougé le petit doigt. Ils m’ont eu à l’usure. Je suis sur qu’ils m’observaient.

« Bande de fumiers »

Au début je me souviens encore, je ne supportais pas ses cris. Ni ceux des autres avant lui, d’ailleurs. Il a fini par se calmer. Un autre type de vapeur l’a aidé pour ça. Monobenzoîde de carbone. Je n’ai eu qu’à appuyer  sur un bouton. Ca l’a anéanti. Utile. Seul. Et quelques larmes.

Ce numéro gravé sur le poignet. Identification ?

Cette bosse derrière la tête. Bordel ! Qu’est ce que ça veut dire ? Ils contrôlent mon cerveau, c’est ça, ils contrôlent mon cerveau et ils m’observent, j’en suis sur.

« Bande de fumier »

4.250.640. C’est son identifiant. Plus aucun nom. Une puce injectée dans le crâne permet de  suivre le bon déroulé du processus d’avilissement du sujet. Actuellement il est entre en  phase de  dixelichronisation. Le dernier palier.

Je crois surprendre mes gestes qui se dissocient de ma pensée. Lucidité. Ephémère.

Ce n’est pas moi qui pense, ce sont mes gestes. Ce qu’il me reste d’humain, de vivant. Rebelle.

Et cette obscurité. J’ai l’impression d’être un rat, terré dans les bas fonds de la ville. Ma vue n’a rien à qui parler. Isolement. Silence.

J’ai arrêté de faire le tour amoindri de mes interrogations qui devenaient de plus en plus squelettiques. Pales vaines tentatives inhibées, endormissement cérébral. Aucune explication. Lobotomisation.

Qui sont-ils d’abord ? De quels droits ? Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait bon Dieu ? Dieu parlons-en…j’ai arrêté…

Cette phase est celle que je redoute le plus. Je connais trop la suite. Mais j’ai arrêté de me poser des questions, j’obéis. J’agis sans penser. C’est ce qu’il me reste d’inhumain.  Ma voix n’a personne à qui parler... Silence

Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ?  Pour me retrouver surveillant  dans ce couloir de la mort.  Dieu parlons-en…j’ai arrêté…

Je sens mes forces se soustraire un peu plus. Je n’aurais pas de réponses à ces questions.

Sursaut de fureur, entremêlé au désespoir de cet enferment,  je me jette contre le grillage une nouvelle fois, avec peut-être le pari fou de le faire céder. Avec mes dents, à serrer.

Du sang dans la bouche.

Ils m’observent. J’en suis sur. Je m’en fous. Je mens fou.

« Bande de fumiers »

Il doit sentir la fin, comme l’animal traqué et apeuré hume par instinct l’approche de ses derniers instants. Une ultime tentative qui  lui donnerait l’espoir d’y échapper. Il ne s’en échappera pas. J’ai le bouton bleu pour ça…

Je suis pris de vertige, de nausées. Je m’écoule au sol de tout mon poids.

Choc arrière. Respiration.

Je délimite une fois encore cet espace confiné, allongé de mon tout mon corps, sans intention ni volonté particulières de me relever. Comme si cette position pouvait me permettre d’entre percevoir une possible évasion. Foutaises.

Ils me tiennent, me détiennent, qu’à cela ne tienne.

« Bande de fumier »

Ca va être le moment d’avertir la section d’intervention finale. Je décroche le combiné. Je sais que je vais mettre fin à 6 mois de souffrance. C’est ce qu’il me reste d’humain. Foutaise. Il me reste à lui envoyer du

Termixotanine dans les bronches.

Je ferme les yeux par intermittence. Ne plus penser. Ne plus rien faire. Attendre. Quoi ? Peu importe. Endolorissement.

Voilà. L’issue, se joue maintenant. Je ferme les yeux. Ne plus penser. Je n’ai plus rien à faire. Attendre. Qui ? Le prochain. Peu importe. L’endolori se ment. Ils vont l’emmener.

Eclairs. Lumières.

« Allez c’est l’heure ! »

« Qui êtes vous ? Laissez moi !, laissez moi tranquille !»

« Debout ! Relevez-vous, c’est l’heure ! » Refus.

Ils m’attrapent, me soulèvent, m’emportent.

« Où m’amenez-vous ?  » Impossible de résister.

Ils me trainent. Long couloir. Je suis un pantin disloqué.

Cette pièce. Je l’ai déjà vu une fois. Ces gens en costumes noir.

« Pitié ! Pitié ! »

Une chaise. On m’y jette dessus. On m’y attache. Drôle de jeu. Drôle de Je.  Pas le temps de réaliser.

« Qu’est-ce que vous me faites ? » Pas de réponse.

Tous ces fils. Agitations autour de moi. Sanction, application. Exécution

Electricité, corporellement intense. Mon sang se fige. Râles,…Mort.

Ca doit être terminé avec 4.250.640. A cette heure çi il doit être dans la fosse commune. Avec tous les autres. Je vérifie que la cage a été nettoyée. OK c’est bon.

Tiens !  ils m’en amènent déjà un nouveau..

« Laissez moi sortir !, j’ai rien fait ! Je suis innocent ! Sortez moi de là toute de suite !  Vous m’entendez ?  vous n’avez pas le droit, enfoirés ! Je veux sortir, je veux sortiiiiiiiirrrrrrr »

Oh toi mon vieux, il va falloir te calmer…..j’attends les ordres….