1 heure du matin, dans cette rue sordide où ces femmes sont alignées comme des réverbères, le long de la rue.

A leur manière d’ailleurs, elles éclairent – elles aussi -  la vie de certaines âmes en peine - comme la mienne ce soir un peu, peut être - qui recherchent de l’amour. Mais quel amour ?

1 heure du matin, et moi je suis là, à trainer, à épier, à atermoyer –j’y vais, j’y vais pas -avec cette envie de franchir le pas, puis le dégout immédiat de moi même rien que d’imaginer un instant la réalisation de cette idée .Et pourtant…

Ce soir je suis seul pour la première fois depuis longtemps.

Ma femme est partie pour quelques jours chez son frère tombé malade il y a quelques mois

Cette pseudo liberté a grisé mon esprit, et je me retrouve jouant les célibataires de fait.

Légèrement désorganisé par cette absence, je fais un peu ce que je veux quand je veux…mais je tourne vite en rond. Je me sens emprisonné dans une sage attitude de circonstance à peine naturelle.

Comme tout homme laissé seul avec quelques années de mariage derrière lui,  je suis vite rattrapé par la nature.

L’envie de braver quelques interdits et flirter avec le mauvais genre de mâle solitaire accompli me titille le cerveau, si tant est que la suite puisse confirmer que j’en possède un.

On redevient vite n’importe quoi….

Et puis surtout depuis quelques années maintenant avec Jessica, c’est plus pareil, plus comme avant, si vous voyez ce que je veux dire

Un service minimum stéréotypé, aseptisé, entouré des mêmes parades, accompagné des mêmes gestes issus des lenteurs de lassitude.

Et cette sensation,  une fois la chose accomplie mécaniquement que la prochaine fois sera peut être porteuse d’un espoir de nouveauté.

Mais cette lâcheté( ?), cette honte ( ?) cet assouvissement au rituel ( ?) font que jamais le sujet n’est abordé.

Silence, on dort….

Ce soir j’ai donc profité de cette liberté providentielle, pour aller faire un tour, comme on dit toujours.

Quoi de mal (mâle) à aller faire un tour, hein ? je vous le demande…

Combien sommes-nous à être allé faire un tour ?

1 du matin, je suis dans cette rue blafarde, mal éclairée,  parmi une faune où je ne me reconnais pas.  Pourtant l’envie qui me tiraille dans le bas ventre m’attire inexorablement, lentement, mécaniquement, vers la bassesse. La chose coupable.

1 heure du matin, elle est là comme les autres. Mais elle m’attire plus. Pourquoi ? Me rappelle t-elle quelqu’un ? Un fantasme inassouvi avec une passante croisée, une voisine, une copine de ma femme, ma femme ? Et puis personne après tout. C’est elle. Ce sera elle.

Sa posture incitatrice, son déhanché furtif ont raison de mes derniers renoncements, si faibles.

Je m’approche. Sa silhouette fluette, sa chevelure sauvage, son air d’à peine 20 ans…

Ses deux grands yeux noirs me fixent, un sourire lui échappe.

Aurait-elle compris mon embarras de la situation ?

Je n’ose plus la regarder,  comme si j’avais peur de regretter mon choix, regretter tout court, m’enfuir, faire demi-tour, pleurer, me maudire, me vomir.

Mes yeux couards cloués dans le sol, captent  encore cependant ses fines jambes habillées de bas résilles plantées dans des chaussures à talons aiguilles qui attisent un peu plus à mon excitation devenue désormais irrémédiable.

Elle ouvre sa grande bouche qui, je pense, à déjà du, malgré son jeune âge apparent,  « accueillir » bon gré mal gré des centaines d’hommes de tous horizons….

« Bonsoir vous montez ? »

Je suis surpris par le vouvoiement. Comme un respect.

Du coup je reste silencieux, comme mortifié.

Elle relance, professionnelle

« C’est 20 euro la pipe, 50 euro l’amour »

Je ne me souviens pas de ma réponse exacte.

Ni du portillon franchi à la hâte.

En revanche, je revois l’escalier dans lequel milles pensées défilent à la vitesse de l’éclair, où chaque marche gravie me fait osciller entre l’amertume du regret et le stimulus de la scène qui se joue.

L’appartement. L’odeur d’un parfum fort, enivrant.

Une lumière tamisée qui m’inspire la honte.

Je paye. Glauque.

Elle se déshabille. Je la regarde, un peu statufié. Elle me dit d’en faire autant, c’est plus pratique. Elle m’a tutoyé cette fois.

Je m’exécute machinalement, de manière saccadée, lentement comme pour retarder le moment.

Dialogue minimum.

Je me sens comme un petit garçon en train de faire une bêtise.

« Tu viens ? »

Elle est allongée, nue, je m’attarde un instant sur ce sexe qui m’attend.

Mes yeux me piquent, mes mains sont moites, ma bouche pâteuse.

Où est donc passé ce mâle que l’on croit être ?  Si sur de lui, si dominant, fort comme Dieu.

Sur ce lit d’infortune, je ne vois rien. Que moi, le sexe déjà raide qui s’enfonce en elle.

Passage à l’acte.

J’ai quitté cette pièce à la façon dérobade, sans gloriole.

J’ai essayé de remettre à leur place l’ordre des choses en marchant des heures vers nulle part.

5 heures du matin, je suis rentré chez moi et je ne dors pas.

J’ai fait le tour de la maison vide, pour m’assurer que le silence qu’il régnait était bien celui auquel j’aspirais à ce moment là. Oui, personne pour me surprendre. Digérer seul mon écart.

Je n’ose pas aller m’étendre sur le lit conjugal, comme si je pensais ne plus y avoir ma place.

Mon fauteuil.

Je me repasse en boucle certaines images qui semblent vouloir s’incruster de force et violer ma mémoire.

Me punir. Peut-être.