Vas-y, regarde, tu peux même prendre des photos.

Glisse tes yeux et tes billets entre mes seins quand je te sers encore un verre. Le barman ne nous regarde plus, ni mes sœurs ni moi ; il ne fixe que son tiroir caisse.

Allume ma cigarette, rien que pour m’approcher, dans ce balai ridicule que je connais par cœur : tant d’autres me l’ont dansé avant toi, et tellement d’autres referont ces entrechats.

Peut-être même que tu sentiras mon parfum en te penchant et qu’il te laissera, pour quelques minutes, l’illusion de m’avoir touchée vraiment.

Tout cela n’est qu’artifice. Tu ne vois que ce que je veux bien montrer.

Même dans ces dentelles fines, je ne donne rien de ce que je suis vraiment. Je n’appartiens qu’à moi-même.

Tu ne croiseras pas mon regard. Je me cache derrière mes paupières.

Et cette fille – qui n’est pas moi – tombe chaque fin de soirée, en même temps que mes bas filés, au fond de la benne à ordures…