29 octobre 2009
Dans un pré, en été
C'est
sur cette herbe que mes yeux s'étaient perdus. Ivres de tant de
couleurs. Le soleil et les nuages peignaient un nuancier de couleurs
sur l'herbe. De
la sauge à l'épinard, du vert-gris doux au vert profond, du jade à
l'émeraude, du vert doux et laiteux au vert intense et légèrement
bleuté, un arc-en-ciel de vert se déployait sous mes yeux hypnotisés. J'avais
donc été choisi pour être le témoin de cette scène. La gamme des
couleurs défilait rapidement sur ce tableau, mes yeux se perdaient
devant tant de beauté.
Ces reflets capricieux se jouaient de moi et ils me faisaient perdre
la tête. Ravivée par ce gros nuage gris la seconde d'avant, l'herbe
se changeait aussitôt sous le soleil en un velours sec et brun,
frais et parfumé. Une gouttelette d'eau s'accrochait désespérément
à ce brin d'herbe. J'aurai aimé caresser l'herbe si les forces
ne m'avaient pas manqué.
C'est
sur ce drap blanc que je m'étais allongée dans l'herbe, un peu
cliché, je repassais en négatif mes souvenirs... Ombres de mes
souvenirs et ronde de soupirs qui se perdait dans l'air. Une douleur
endormie venait de se réveiller. Je
frissonnais, il faisait si frais. " Je la joue poétique à
mort, on est trop futiles, accaparés par l'inutile"
C'est sur cette l'herbe que je sentis la pluie tomber sur le bout de mon nez.. C'est sur ces barbelés noirs qu'il s'était accroché, agrippé, écorché, râpé. Une balle s'était logée dans son pauvre cœur.
C'est sur cette herbe que je repensais à lui. Lui qui s'était unit à elle dans un élan d'amour trop généreux. Lui, qui était mon frère, ma chair, mon double. Pour seulement quelques longues minutes de plaisir, ce monstre a envahi toute sa vie, tout son corps. Toutes les nuits, il se vidait de son sang, livrant ses derniers soupirs à la maladie. Lui aussi aurait aimé caresser cette herbe s'il avait été encore en vie. Bien fait pour lui.
Dans mon cœur, une balle s'était logée : c'était sa mort, c'était ma douleur.
Commentaires
ça y est !!!
eh ben voila...t'y est arrivé à faire ce texte !!!
très chouette, bien tourné
je suis pas tout à fait contente mais bon...
c'est quand la prochaine image ? :)
Texte travaillé et ça se sent. Ca sent aussi l'amertume et le regret, deux sensations difficiles à décrire que tu as très bien traité dans ton texte.
Ca sent bon. J'aime.
Je me trompe peut être mais je ressens tes mots et ton histoire comme la prise de conscience de la mort, comme si le narrateur venait juste de perdre son frère et commençait à comprendre.
C'est assez complexe, il y a plusieurs styles dans un même texte, dans une même histoire. Ca pourrait être lourd mais ça ne l'est pas. ;-)
Juste une petite précision:
"C'est sur ces barbelés noirs qu'il s'était accroché, agrippé, écorché, râpé."
J'ai un doute sur le "il", tu peux m'éclairer s'il te plaît?
waaaouuh !! merci pour ton commentaire cher(e) inconnu(e) ;)
Le "il" renvoie au frère ;)
tu entends quoi par "plusieurs styles" ?
J'aime être ton inconnu(e), dans tous les petits couples de mémés qui se respectent il faut toujours garder une part de mystère.
Huhuhuhuhuhuhu
Merci pour la précision ;-)
De la description très détaillées au début comme une peinture d'un instant, puis un style plus vif et plus dans le ressenti.
C'est plus une évolution, au début c'est très lent et il y a beaucoup d'éléments puis petit à petit ça devient saccadé et instantané.
La répétition des "C'est sur.." et "Lui" est selon moi un bijou dans ton texte. Ca lui donne beaucoup de vie.
Le style "saccadé" est à mettre en rapport avec cette douleur lancinante qui la pique chaque jour et qui a piqué son frère...
Ce que personnellement je ressens très bien.
Donc tu fait passer l'émotion que tu voulais transmettre. Du moins pour moi.
Mais c'est vrai que c'est très imagé et tous les textes par rapport à cette image sont très imagés et très symbolique à commencer par ton texte ;)
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