27 octobre 2009
Le mouton qui grogne
De plus en plus nombreux nous sommes, de plus en plus nombreux nous crèverons. Les mains crispées sur nos possessions. Sur ce que nous avons défendu. Notre petit pré carré. Coupé ras, bien entretenu. Nos petits privilèges, obtenus à petits coups raisonnables et raisonnés de mesquinerie dirigée, bien sentie, maîtrisée. Des gestes coupants et adroits, à l'endroit du faible du moment. De celui qui s'est exposé, d'une gâterie, d'une largesse, d'un altruisme suicidaire, d'une excentricité ou pire d'un sourire, d'une main offerte. De celui qui s'est fendu d'une émotion autre que celles répandues, égocentrées. Notre belle société rabougrie. De congrégats d'intérêt à réunions de considérations. Félicitons-nousFélicitons-nous le nombril, flattons nos ventres plus gros que nos colons et nourrissons la machine. Les bergers ne gardent plus les moutons. Les moutons défendent leur pré carré. Leur bout de gazon. Que c'est grisant. La fièvre acheteuse. Le vampirisme du mouton, nouveau fléau à vaccin introuvable.
Entre autres classes pas classes ... La classe politique se sert. La classe médiatique la caresse. Et se regarde les talons pleins de merde, de celui de devant, toujours celui de devant. Fini la fleur au fusil, la vipère au poing, c'est la crotte au cul que nous nous rampons. Que nous battons retraite, plus jamais tambour. Mon individu personnel à moi, mon unique cible d'effort. Toute cause grande desservie par la somme de bassesses intrapersonnelles savamment dirigées vers un but fictif. La véritable raison de l'association. Existence. Reconnaissance. Conservation de privilèges vilains et asservis à l'engrenage boule de neige destructeur d'idéaux. Mentons-nous les uns les uns. Chaque mensonge orienté vers nous-même. Se donner bonne conscience. Avancer sous couvert d'un autre, plus grand, plus faible, plus miséreux pour se voir remercié, reconnu, applaudi, dédouané de toutes ses saloperies.
Masses fumantes, ombres fuyantes, assumons ! Ouvrons l'oeil et le clairvoyant. Repérons l'intérêt où il est niché, montrons-lemontrons-le du doigt et avançons. En mettant de côté les minis cules individualités accrochées à leurs microscopiques pouvoirs. Serrons nous coudes ailleurs que sur le nez du voisin. Marchons d'un seul pas non lourdement posé sur le pied du cousin. Moi avant toi. Toi avant lui. Finalement le borgne nous avait tous compris. De quoi avons-nous peur dans ce siècle-là ? D'ouvrir nos âmes au prix d'un retour de flamme ? De vivre, en somme, c'est bien ça ? Nous avons peur de vivre et rêvons de mourir les poches pleines. Excitant ... Follement excitant.
Je m'en vais acheter cette tondeuse à pré carré. Et je vous préviens, ça va saigner.
Commentaires
impitoyable
ciselé, acerbe, cynique....quel bel exercice de style
et l'image du borgne...bien vu (sans jeu de maux)
net et sans concession
Et tu t'étonnes qu'on te traite en mouton noir !
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