Dans ce train, souterrain,

Où voguent milliers d’âmes, solitaires,

Sur lesquelles se dessinent, sans teint,

De maigres et pales sourires, à l’envers.

Je regarde ces gens, qui parlent,

Ou d’autres qui se taisent, souffrance,

Dans un bruit dérangeant, si sale,

Et ceux dans leurs lectures, silence.

Ses wagons qui défilent, tunnel,

Transportent nos carcasses, où ça ?

De station en station, ribambelles,

Qui rapprochent ou éloignent, à la fois.

Concert de résonnances, métalliques,

Litanies de lumières, blafardes,

Odeurs improvisées, chimiques,

Ambiance de fourmilière, je cafarde.

Dans ce train vert, de terre,

je voyage tout seul en ticket, ordinaire,

parmi cette foule de corps, et de chair,

Versée par flots des longs couloirs, prisonnière.

Assis sur du précaire, strapontin

Bercé par des secousses, saccadées

Je file sur les rails, serpentin

Vers la station Opéra, arrivée.