Kaléïdos-coop

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30 juin 2009

journal d'une nuit dété

21h17 : le vent disperse sous mes fenêtres les derniers lambeaux de lumière ; je sais qu’en tournant au coin de la maison je verrai encore la lueur de la ville voisine, mais de ce côté le monde a cessé d’exister et la seule vue qui s’offre à moi est le reflet fantomatique de mes mains et de mon visage éclairés par l’écran sur lequel j’écris. Quand j’aurais fini de noircir cette page probablement aurais-je achevé de disparaître. Je pourrais ouvrir la fenêtre mais la nuit n’offrirait rien à mon regard non plus qu’à mon oreille – le monde est trop loin : la mer derrière la dune, la ville par delà les collines et le monde au-delà.

J’ai bien essayé de me plonger dans un roman ou de mettre la musique, rien à faire, la nuit ne m’accorde rien sinon le droit d’y mettre ces mots.

 

Je vais ranger la maison, mes papiers, nettoyer – ma tête aussi   prise de mots.

23h26 : tout me tombe des mains ; chiffons ou livres ; musique ou film; rien ne retient mon attention plus de quelques instants. A dire vrai, ce n’est pas une question d’attention, du dégoût plutôt comme la satiété absurde de l’affamé dont l’estomac rejette la moindre nourriture. Il faudrait dormir ais ce dégoût qui me plonge dans un état d’abattement profond me rend aussi fébrile. Aller marcher peut-être.

00h01 : la minuit est passée ; on a grimpé ce versant, il n’y a qu’à se laisser redescendre jusqu’au jour. Mais à regarder en bas quand tout est sombre on est pris d’un vertige étrange : je ne sais plus s’il s’agit de redescendre depuis la montagne jusqu’au monde habité ou bien de se laisser couler au fond des abîmes dont on a eu tant de douleurs à surgir ; malgré sa touffeur cette nuit est une mer froide, hostile, qui paralyse. engourdit.

00h27 : je tourne en rond. Il faudrait sortir, marcher, se fatiguer mais la nuit a avalé les chemins. Je ne peux m’y résoudre. Si je sors nul doute que le vent dispersera mon être, que la nuit le déchirera de ses dents, que l’oubli en engloutira les restes.

01h57 : manger apporte un certain réconfort, une pause. A vrai dire, il s’agit probablement plus de mordre que de se sustenter : l’activité mandibulaire trompe l’ennui. Donne surtout l’illusion d’être encore actif, moins désarmé. Seulement voilà : mon estomac n’en peut plus…

03h21 : les jeux vidéo distraient     surtout les plus bêtes, les plus répétitifs, ceux qui ne font pas appel à l’intelligence mais la compriment dans un petit nombre de réflexes. Le désespoir est un fauve qu’il faut perdre et tromper pour gagner quelques heures de vie (survie ?)

04h32 : je crois qu’il y a une lueur dehors. Le jour peut-être. Si la certitude m’en vient je pourrai dormir

06h07 : je suis sorti marcher quelques pas dans le sable de la dune. Devant moi cette photo volée au petit jour : deux silhouettes qui disent que le monde n’a pas abdiqué.

à moins qu’ils ne soient eux-aussi des fantômes regrettant

Posté par Maxime et Marge à 15:09 - Semaine 74/75 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Welcome

J'avoue je suis venu vous lire, et je restais curieux de savoir ce que vous seriez capable de produire ici.
Merci, sincèrement.Votre texte me brise.

Posté par Ash, 30 juin 2009 à 15:28

()

aveu pour aveu, il a fallu un peu de temps pour se lancer, le temps de vaincre l'appréhension légitime suscité par la lecture de vos textes...
l'encouragement n'en est que plus sensiblement reçu

merci

Posté par Maxime & Marge, 30 juin 2009 à 15:40

impressionnant...

De singularité et simplicité à la fois tout en exprimant quelque chose de fort.
condensé de mystère sur au couleur feutre de la nuit
bravo à vous
Ash si tu est brisé c'est aussi parce que tu regrettes déjà d'avoir écrit haïr la poésie -de jime, le parano :-))? et la prose -ô combien talentueuse- de tes administrés

Posté par jime, 30 juin 2009 à 15:47

Hé oh !

* Marge & Maxime : J'espère que votre appréhension est définitivement perdue ! Mais une question, je sais que vous écrivez " à 4 mains", mais à la première lecture, j'ai senti deux personnages différents dans votre texte. Est-ce volontaire ou vos styles légèrement différents ?

* Jime : Tu n'imagines même pas comme je hais la poésie et la prose !!! Pfffffffffff !

Posté par Ash, 30 juin 2009 à 16:26

aveu (suite)

nous sommes dans l'incapacité de rendre à César... et encore plus de dire à laquelle des 4 mains appartient telle ou telle phrase mais si tu arrives à démêler, nus n'en serons que plus admiratifs!

Posté par Maxime & Marge, 30 juin 2009 à 16:31

...

Marge & Maxime : Je ne m'y risquerai pas...
[pour le moment]

Mais donc vous n'aviez imaginé qu'un seul personnage... [?]

J'en profites pour rappeler aux nouveaux arrivant qu'ils peuvent compléter leur fiche d'auteur, en indiquant par exemple leur site perso / blog / autres infos s'ils désirent que les autres puissent les lire chez eux ( ce qui est souvent très intéressant je trouve)

Posté par Ash, 30 juin 2009 à 16:46

de l'un et du multiple

1 seul personnage qui nous confiait : "autrefois j'étais schizophrène; maintenant nous allons mieux"

Posté par Maxime & Marge, 30 juin 2009 à 16:49

...

M&M comme malade & multiple !!!
Je vois...

Posté par Ash, 30 juin 2009 à 16:58

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