Vos pères, vos grands-pères, et vos arrière-grands-pères vous avaient appris combien il faut être fier de son pays, les Etats-Unis. Lors de la première Guerre du Golfe, en 1990, tu t’es inscrit dans les premiers pour partir en Irak. Et bien sûr, comme tu étais Noir, tu es également parti dans les premiers. Maman et toi veniez de vous marier. Quand tu es revenu, tu es resté muet pendant des jours. Et un matin, tu as voulu que la vie soit plus forte que les horreurs que tu cherchais à oublier; Maman est tombée enceinte de moi. En 2002, 2e Guerre du Golfe. Même si tu ne t’es pas inscrit, tu étais désigné d’office. Tu es parti dès le 4e jour. Tu es revenu plus vite, le corps plus léger, et le cœur plus lourd. Tu avais deux bras en moins et Maman s’était suicidée. Depuis, ton pays t’a abandonné. Je sais toute ta souffrance à ne pas pouvoir me prendre dans tes bras, à être dépendant de ton enfant. Quand je serai grand, je gagnerai l’élection présidentielle américaine et je ferai revenir tous les soldats d’Irak. Tous, sauf le 1er soldat du pays : le président, celui qui envoie nos pères à la guerre sans jamais l’avoir faite.