J'ai pris cette photo du temps où on s'aimait.
C'est elle qui avait voulu immortaliser ce moment, genre photo stupide à la Anne Geddes, version grand cadre sur le mur, "en souvenir". Aujourd'hui encore, je trouve ça idiot.
Et ce soir, j'attends qu'elle se réveille, prostré sur cette chaise.
23h08.
On est dans cette cabane perdue au fond des bois, près de ce lac limousin où elle aimait tant venir quand elle était enceinte. Elle est allongée sur l'établi du garage, tout est prêt. On a seulement un peu trop forcé sur la morphine, et je dois attendre qu'elle se réveille.
Alors, j'attends, et mon pied tape par terre, mes dents rongent mes ongles, et mes yeux ne savent plus où regarder.
Je repense à tout ce qu'il s'est passé depuis qu'il est né.
Notre couple qui se désagrège, l'étrange courrier "DNA solutions", la note de téléphone un peu trop gonflée, les soirs de "déprime" où elle voulait rester "seule", j'ai compris assez vite...
Et aujourd'hui, je revois passer le film de l'année n+1 après lui. Mes mains écrasent sa dernière image alors que mes larmes commencent à couler.
Il se réveille en premier.
Je ne voulais pas commencer par lui.
Mais qu'il en soit ainsi, elle verra son fils découpé.

Dis au revoir à ton fils, espèce d'enculé.
Dis au revoir à ta maîtresse aussi tant que tu y es.