Non, je n'ai pas peur. J'ai eu peur avant, en revanche. Avant de le savoir moitié grimpé sur son trône de nain puissant. J'ai eu peur parce que quelque part, j'espérais encore un peu. Je me trompais, évidemment. Comment espérer une lueur de lucidité de la part d'un pays entier en sachant la conscience et la mémoire collectives aussi efficaces que deux gouttes d'eau sucrée pour sauver l'Afrique ? Je me suis fourré le doigt dans l'oeil bien profond, une fois de plus.
Le soir des résultats je n'ai pas voulu regarder la télé. Pas le courage, plus d'espoir à avoir de toute façon et vraiment aucune envie de voir n'importe laquelle de leurs deux tronches triomphante. Je me suis mise sous la douche, l'humeur dans le rouge et j'ai attendu. Et devinez ce que j'ai entendu ? Le cri de joie de mon voisin. Alors bien sûr j'ai d'abord cru que le nain se retrouvait la merde au cul. Ce vieil instinct bien vilain qui te fait penser que ton frère te ressemble plus que ton voisin etc etc j'ai honte mais c'est comme ça. Puis je suis redescendue de mes satisfactions. Et j'ai pleuré. Longuement. Parce que tu vois, 5 ans de plus dans cette chiasse, ça n'est pas rien. Parce que ces 5 années, franchement, on ne les a pas. C'est trop, il fallait vraiment faire quelque chose avant. SE REVEILLER, PAR EXEMPLE ?!!?! Non ? Mais c'était sans doute trop demander.

Et puis le lendemain matin, j'ai ouvert mes yeux encore collés des larmes de la veille en me demandant ce que ça faisait de se réveiller dans la France de Sarkozy. Et ben figure-toi que ça change pas grand chose. Mon con de chat avait toujours envie de pisser au lever, les cons d'oiseaux chantaient pareil que la veille. Pas d'apocalypse, pas de fin du monde. Mes voisins, ceux qui se sont réjoui n'étaient pas plus cons que la veille, simplement désormais, je le savais ...

Alors non je n'ai pas peur de ce qui nous attend. Parce que c'est en douceur qu'on s'embourbe dans nos erreurs. Je n'ai pas peur mais je suis triste et j'ai mal au cul aussi, un peu plus chaque jour.