Me voila mise à nue, sur une chaise en bois, au fond de cette pièce sombre.
Comment veux-tu que j'aille en paix, avec la bouche cousue sur un cri de désir, les mains liées dans le dos de mes envies, les cuisses écartées sur le vide de ton absence ?
Ma paix, tu l'as troublée, en me montrant la place que tu me faisais sous ta poitrine, tout près du plus profond de tes tiroirs.
Ma paix, tu l'as ébranlée en m'ouvrant cette brèche sur ton âme, en me guidant jusqu'à tes entrailles.
C'est tenace l'envie, ça tâche.
Mon coeur est prêt à exploser de tant battre pour égréner les secondes qui me mèneront jusqu'à un peu plus de toi.
Mes veines gonflent, ma peau se tend, mes bronches se vident et se remplissent exagérément, ma tête en tourne.
J'étouffe mais pas seulement.
C'est résistant le désir, ça déchire et ça brûle.
De l'air glacé dans mes poumons.
Mes muscles se raidissent dans un élan qui voudrait me propulser dans tes bras, mes hanches me poussent en avant.
Mon corps vit au-delà. Et moi.
J'entends tes pas sur la moquette, au-dessus. Je te sens te déplacer.
Je voudrais hurler.
Je voudrais prendre ces escaliers, effondrer ton plancher d'un cri strident.
ça fait un boucan d'enfer dans ce sous-sol capitonné.
ça bat, ça grouille, ça dégouline, ça ventile, ça tape, ça frappe, ça caresse, ça détend, ça attendrit, ça résonne, ça trébuche, ça rigole, ça respire, ça saute, ça bondit, ça tombe, ça roule, ça cogne, ça lèche, ça colle, ça mord, ça aime, ça baise dans tous les sens.
Je ne suis pas sûre de pouvoir supporter.
Je crois que c'est ça, pourtant, c'est juste la vie.
Et putain, que c'est bon, de ne pas être en paix.