Fiche technique

L’appareil photographique (plus couramment appelé « appareil photo ») est un objet technique permettant la reproduction de vues d’objets réels. Il se compose au moins d’une chambre noire et, d’un côté, d’une ouverture (elle-même composée d’un objectif lui-même contenant un diaphragme) ce qui permet à la lumière de pénétrer dans la chambre noire. De l’autre côté, une surface sensible permet de fixer cette lumière. Réellement mise au point au début du XIXème siècle, la première photographie datant de 1825 (elle reproduit le regard de Niépce sur une gravure hollandaise représentant un petit cheval), la photo se subdivise désormais en deux grandes familles : l’argentique et le numérique. La pellicule, ou autre émulsion de gélatine et de sels d’argent couchée sur une plaque de verre, a cédé sa place à un capteur, les images étant alors projetées sur un support électronique communément appelée « carte mémoire »… 

« Carte mémoire » (et/ou voleuse d'âmes...)

Autrefois l’appareil photographique permettait le temps d’un temps de fixer éternellement un instant sur un cliché. Instants de joie. Quelle belle mariée tu fais ! Instants de bonheur. C’est qui ce bébé tout nu allongé sur le ventre ? Instants de vie. Là, c’est quand tu as fait tes premiers pas… Dans quelle famille normalement constituée n’y avait-t-il pas un portrait en noir et blanc de l’arrière- arrière -arrière grand-mère dont tout le monde avait oublié le prénom mais dont tous se souvenaient de ce regard étrange et captivant. Collection de photos étalée sur le rebord de la cheminée. Collection de photos rangées dans une boîte en carton. Collection de photos punaisées au mur. A chacun sa collection de moments de joie, de moments de bonheur, de moments de vie. Il y avait même eu cette mode du cliché instantané : je clique, la photo sort, et je fais gaffe à ne pas mettre mes doigts dessus pour ne pas immortaliser mes empreintes en même temps que la tête de Tonton Pierrot rond comme une queue de pelle. Ah ! C’est beau le progrès ! Et puis les photos jaunissaient, se perdaient, voire on les brûlait :ça c’est quand la vie devenait garce et que l’on voulait effacer de sa mémoire des moments que les photos auraient rendu immortels. A-t-elle vraiment ce pouvoir ? Pas si sûre ! L’œil qui était derrière l’objectif a gravé dans sa cornée de manière indélébile la cible. Le papier n’est qu’un support. La carte- mémoire aussi. Autre procédé mais mêmes effets. Le fait même de photographier rend éternel l’instant. Enfin… éternel ?! Le temps d’une vie. Juste le temps de sa vie à lui qui a pris la photo. Et puis peut-être  le temps de sa vie à elle aussi qui a vu la photo. Eternel recommencement. Boucle bouclée. Je vois. Je clique. Je fige l’instant. Je le montre, je l’exhibe, le rendant publique et l’intégrant dans le fatal cycle des souvenirs de la mémoire collective. Et voilà la photo qui fige pour toujours ce sourire crispé d’enfants devant le photographe qui est viendu à l’école. Photos de classe. Et puis plus tard, oui, beaucoup plus tard, se retrouver et la contempler ensemble. Mon Dieu, comme tu n’as pas changé… Arf ! Comme il a grossi… Ah… Comme elle nous manque, elle est partie trop vite…Et lui ? envolé pour l’Amérique du Sud ! Et eux que sont-ils devenus ?

Eux ?! Jamais personne n’a su quelles avaient été leurs dernières volontés, leurs derniers souhaits, leurs dernières pensées… Même l’œil du photographe n’a pas pu en savoir davantage. Que foutait-il là celui-ci d’ailleurs ? Quelle fut sa réaction quand quelques jours plus tard il développa ses photos et tomba sur ces hommes dont il avait capturé le dernier souffle ?! Qui pourrait avoir le cran de l’imaginer ? Qui pourrait comprendre ? Bien sûr l’éternel argument : laisser une trace pour témoigner, ceci a existé… ceux-ci aussi ont existé d’ailleurs… Me souvenir de Nacht und Nebel, de ma camarade de classe qui sortit en courant pour aller vomir, me souvenir de ces tas de couronnes en or pour les faire fondre et les transformer en lingots, me souvenir de ces cheveux coupés, entassés… Me souvenir de ces hommes et de ces femmes et de leurs enfants assassinés comme on n’abattrait jamais une vache même devenue folle… « Carte-mémoire » et/ou «mémoire collective»… J’ai vu donc je sais… J’ai vu ce que jamais je ne voudrais que mes enfants ne voient… ne vivent... La vie n’est pas cette saloperie de mépris pour nos semblables. La vie c’est un bouton de rose que l’on photographie au jour le jour pour le voir s’épanouir jusqu’à se faner d’une vieillesse naturelle… Laissons à nos semblables ce privilège indicible, ce luxe inouï de mourir de notre plus belle mort… Laissons la Faucheuse nous rendre visite quand elle seule jugera que l’heure a enfin sonné… Et que plus jamais les photographes n’aient à photographier ces corps nus et décharnés qui deviendront cadavres l’instant d’après… Que l’Homme se remette enfin debout et qu’il se dise, non, je ne mangerai plus de ce pain-là… Je veux changer le cours du temps… Je crois en l’Homme…L’Homme donne la vie… La vie est un don… Et donner c’est donner, reprendre c’est voler… les âmes…

à la manière de Philippe Delerm et de son "Porte-monnaie" à lire ici