Qu’est ce qu’il me veut. Il ne voit pas que je suis bien, là, à moitié saoule maquillée comme une putain. Toute seule avec mon verre. Je ne veux pas qu’il me parle, ni qu’il me regarde. Je le toise ce minable. Je suis en deuil depuis quinze ans. Il me complimente alors que je veux juste qu’il dégage. DEGAGE ! Bordel tu vas te tirer. Je n’ai pas besoin d’aide, je n’ai pas besoin d’y croire, je n’ai pas besoin de regards mielleux. Mes entrailles hurlent. Je me contiens mais j’hurle tellement fort, comment peut-il ne pas l’entendre ? J’esquisse un sourire navré, il ne comprend rien à rien. Il reste, il croit qu’il me charme, qu’il sait parler aux femmes avec sa psychologie de merde. L’ébullition. La lave prête à jaillir, et il se croit intéressant. Cela ne va pas pouvoir durer longtemps. Il semble vouloir faire sa B-A avec moi. Il veut me sortir de la bouse dans laquelle je me complais. Je commande un autre verre. J’allume une autre cigarette. Il fait un petit geste pour dégager la fumée. Pitoyable. Je me tourne de l’autre côté du bar. Il parle, il ne fait que parler, pour ne rien dire. Il tente de remettre ma manche et frôle ma peau tatouée pour cet homme absent. Trop. C’en est trop. Ca sort sans que je puisse le retenir. Putain, je cris littéralement dans ce bar. DEGAGE ! DEGAGE ! DEGAGE ! Tout le monde me regarde mais il reste là. Interloqué. Honteux je crois, de tout ces regards. Je serre le verre dans ma main gauche. Je vois le scénario dans ma tête. Je vois sa gueule éclatée ensanglantée. Je vois sa gueule éclatée et je jouirais presque de cette image. En noir et blanc, pour le côté artistico-tragique. Je me lève respirer dehors, seule. Je marche pieds-nus sur le trottoir vers un autre bar. Mon maquillage de putain coule. Je ne pleure plus jamais, depuis quinze ans, il ne s’agit que de la pluie. Je couperai les couilles du prochain. Je déchirerai le scrotum, cisaillerai les bourses lentement et je les lui ferai bouffer. La gueule éclatée c’est bien trop soft.