J’ai d’abord monté le son, parce que cette chanson m’a fait penser à toi. Et cette photo noire pétrole aussi. Comme ton âme et tes mains, pleines de suie. On dirait que t’as travaillé dans ce bourbier charbonneux toute ta vie. Et je dis ça tendrement, avec de la compassion pour cette vieille punk à laquelle tu essayes de ressembler. T’as l’air d’une fille sortie d’un champ de mines. T’y as laissé ton innocence, mais ton visage a gardé la même douceur. T’as des mots qui restent gravés dans la tête, brûlures intérieures dont les cicatrices ne s’effaceront peut être jamais. Tu sens cette petite odeur de gasoil qui met des hauts le cœur à tous ceux qui s’approchent un peu trop de toi. Tu aimerais faire croire au reste que tu as tout vécu, ou presque. Une échappée de la faucheuse. Une vieille louve de mer qui traine dans des verres d’alcool en buvant quelques bars, en compagnie d’autres compagnons de fortune. Ton cœur n’est pourtant pas noir, il est juste un peu vieilli d’avoir trop vu. Abusée, meurtrie, la petite flamme au fond de tes yeux n’est pourtant pas encore éteinte. C’est comme ça, malgré la poussière de ton intérieur, tu continues à espérer. Puisque comme on dit, l’espoir fait vivre. C’est d’ailleurs sûrement ce côté borderline, toujours sur le fil tendu entre la vie et le gouffre, qui te donne cet air si écorché. Car tu l’es, écorchée. Tes plaies parlent d’elles mêmes, et aucun bandage ne suffisent à en contenir les écoulements. Mais tu sembles avoir retrouvé quelque chose en quoi avoir foi, une chose pour laquelle tu n’es sans doute pas prête mais que tu porteras maintenant pour toujours, quoi que tu fasses.

A trainer dans les rues sombres, on y trouve parfois une étincelle. La vie en toi.